Overblog Tous les blogs Top blogs Célébrités Tous les blogs Célébrités
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

12 août 1917 : le dernier anniversaire du tsarévitch Alexis

Publié le par Sophie Manno de Noto

12 août 1917 : le dernier anniversaire du tsarévitch Alexis

Il y a 100 ans, le 12 aout 1917, le Tsarévitch Alexis fêtait son dernier anniversaire. Maladie, trahison, effondrement de son monde, adolescence en captivité puis exécution sauvage : la vie du dernier Tsarévitch de Russie fut une succession d’épreuves. Et pourtant, tout avait si bien commencé. Né le 12 aout 1904 à Peterhof, ardemment désiré, le Tsarévitch Alexis voit le jour après 4 filles. Pour ses parents Nicolas II et Alexandra, c’est une immense joie d’avoir enfin un fils, après 10 ans d’attente. Le canon tonne 301 fois. Tout l’empire est en liesse pour la naissance de l’héritier tant attendu.

12 août 1917 : le dernier anniversaire du tsarévitch Alexis
Baptême d’Alexis

Baptême d’Alexis

Le petit garçon reçoit les plus hautes décorations de l’Empire, et est nommé commandant en chef des cosaques de l’Oural.

Tasse à l’effigie du Tsarévitch en uniforme des cosaques

Tasse à l’effigie du Tsarévitch en uniforme des cosaques

Mais la joie sera de courte durée : 5 semaines après la naissance d’Alexis, le verdict tombe : le nouveau-né est hémophile. Pour ses parents, le monde s’effondre. A l’époque, l’hémophile ne se soigne pas. Etre atteint par cette maladie signifie être condamné à mort, à brève échéance. L’impératrice perd toute joie de vivre ; sa santé physique et mentale s’en trouve affectée; D’autant plus qu’elle sait que c’est elle qui a transmis la maladie à son fils.

Pour Alexis, toute son existence sera marquée par un combat entre l’envie de vivre et de s’amuser comme les autres enfants, et les précautions exigées par sa maladie.Kolia Derevenko, fils d’un des médecins de la Cour, veille sur lui en permanence.

Derevenko et Alexis

Derevenko et Alexis

12 août 1917 : le dernier anniversaire du tsarévitch Alexis
Rare photo d’Alexis en vélo. Ce type d’activité lui est interdit. Mais un compromis a été trouvé : un engina trois roues, minimisant le risque de chute.

Rare photo d’Alexis en vélo. Ce type d’activité lui est interdit. Mais un compromis a été trouvé : un engina trois roues, minimisant le risque de chute.

Le petit garçon lui-même ne se faisait guère d’illusions sur son état de santé. Dans une lettre, il écrit à sa mère : “Maman, quand je serai mort,  il ne faudra pas que tu oublies de mettre un petit monument sur ma tombe”.

Et pourtant, Alexis n’était pas un enfant triste. Il était espiègle, et aimait volontiers faire des farces. Par exemple, lors d’un dîner formel, le tsarévitch enleva la chaussure d’une femme sous la table, et la montra à son père. Nicolas II le gronda sévèrement et lui ordonna de rendre son ” trophée “. Ce que fit Alexis, mais non sans avoir auparavant… placé une fraise bien mûre dans la chaussure de sa victime !

Malheureusement, ces moments de gaieté se faisaient rare. La maladie d’Alexis pesait lourdement sur la vie de la famille impériale, l’angoisse devenant un cauchemar permanent. D’après des analyses menées en 2009, le tsarévitch était atteint d’hémophilie de type B, plus rare et plus difficile à soigner. La moindre égratignure pouvait provoquer un drame. Le type B se caractérise également par des hémorragies internes, en particulier, au niveau des articulations, entrainant chez le malade des douleurs intenses et difficiles à soulager.

  Extrait du film Raspoutine avec Gérard Depardieu dans le rôle du guérisseur.

Extrait du film Raspoutine avec Gérard Depardieu dans le rôle du guérisseur.

En 1907, quand apparaît Raspoutine, Alexandra et Nicolas, désespérés, voient en lui un envoyé de Dieu pour sauver leur fils.  Il convient de souligner que Raspoutine fut le seul qui parvint à soulager les douleurs et les hémorragies du tsarévitch. En partie parce qu’il jeta au feu l’aspirine administrée à son petit malade, qui a pour effet secondaire de liquéfier le sang, mais aussi parce qu’il possédait une connaissance certaine des plantes médicinales de sa Sibérie natale, ajouté à un don réel de guérisseur.

Les bonheurs familiaux seront les seules joies de l’existence d’Alexis. Ses parents, Nicolas II et Alexandra sont unis par un amour profond et inconditionnel. Ce sont des parents attentifs et aimants pour les 5 enfants. Le petit Alexis est choyé par ses 4 soeurs, qui lui vouent une tendresse inquiète et une attention de tous les instants. Peut-être trop d’ailleurs.

Alexis, à gauche sur la photo, avec ses 4 soeurs. 1906

Alexis, à gauche sur la photo, avec ses 4 soeurs. 1906

Alexis dans les bras de sa mère l’Impératrice Alexandra

Alexis dans les bras de sa mère l’Impératrice Alexandra

Selon Pierre Gilliard, son professeur de français et précepteur, ” Alexis était un enfant simple, affectueux mais son environnement lui gâchait la personnalité par la ” flatterie servile ” des fonctionnaires et ” les stupides ” adulations des gens autour de lui.

Bien qu’intelligent et affectueux, son éducation a été fréquemment interrompue par des épisodes de l’hémophilie ce qui n’empêcha pas d’en faire un être cultivé et bien éduqué. Ses parents refusaient et ne supportaient pas l’idée de devoir le discipliner et en conséquence, il sera, durant toute une période de son enfance, colérique et difficile.

Alexis et son professeur de langue russe

Alexis et son professeur de langue russe

Exercices d’anglais du Tsarevitch

Exercices d’anglais du Tsarevitch

En 1912, c’est le drame. La famille impériale séjourne à Spala (Pologne actuelle). En prenant un bain, Alexis glisse et tombe de la baignoire sur le sol. Il se blesse à la cuisse et aux genoux. Le docteur Botkine, médecin de la famille impériale, ne le quitte pas un instant. Le petit garçon souffre beaucoup, mais parait se remettre. Pensant qu’il allait mieux, sa mère lui fit faire une promenade en calèche. Le chemin fut vallonné, trop vallonné et la calèche fut soulevée de quelques centimètres du sol. Le choc fut violent et Alexis perdit connaissance dans les bras de sa mère. Son genou était inondé de sang et bientôt le siège de la calèche aussi. C’est en tout hâte que Alexandra fait ramener son fils au palais local. Quelques heures plus tard, l’état a empiré… Ses deux genoux, ses cuisses sont gonflées par des hémorragies internes et externes, on doit l’envelopper dans des draps pour empêcher le sang de couler. Les cris résonnent à travers le palais. Les médecins sont impuissants devant l’ampleur de l’attaque.La fièvre monte et la famille impériale s’attend au pire. Un prêtre est appelé pour donner les derniers sacrements à Alexis.

Nicolas II raconte ces jours terribles d’octobre 1912  dans une lettre à sa mère : “les jours du 6 au 10 octobre ont été les plus difficiles. Le pauvre enfant souffrait énormément, les douleurs le torturaient avec des spasmes répétés presque tous les quarts d’heure. En raison de sa forte température, il délirait jour et nuit. S’il asseyait dans son lit, le mouvement lui faisait immédiatement mal. Il pouvait à peine dormir ou même pleurer et murmurait seulement “Dieu, ayez pitié

Tableau de Paval Rizenkho, Alexis veillé par ses parents lors d’une crise d’hémophilie

Tableau de Paval Rizenkho, Alexis veillé par ses parents lors d’une crise d’hémophilie

Devant la gravité de la situation, Nicolas II autorise pour la première fois à briser le silence qui entoure la maladie de son fils; le 8 octobre 1912, un communiqué official rend publique la maladie du tsarévitch.

Dans une tentative désespérée de sauver son fils, Alexandra fait envoyer un télégramme à Raspoutine qui lui répond aussi vite ” Dieu a vu tes larmes et entendu vos prières. Ne t’afflige pas. Le Petit ne mourra pas. Ne laissez pas les médecins trop le déranger “.  Et les médecins, stupéfaits, doivent reconnaître que la crise est passée. Pour l’Impératrice, le miracle ne fait aucun doute. Raspoutine a guéri son fils à distance, par un simple télégramme. A partir de ce moment là; l’influence du guérisseur devient sans limite.

A l’aube de l’adolescence, la personnalité d’Alexis change et évolue, il devient un garçon particulièrement aimable, empathique, attentif, respectueux, anti-protocolaire et surtout, un russophile.

Son père commence à l’initier à son future rôle, en le conviant à des réunions avec des ministres, et en l’emmenant avec lui lors des tournées d’inspection de l’armée. Le jeune Alexis prend gout très tôt à l’armée, partageant la vie des soldats, refusant qu’on lui serve une meilleure ration que la troupe et se montrant strict en matière de discipline militaire. En 1916, Alexeï reçoit le titre de caporal de l’armée impériale en raison de son comportement jugé très mature, courageux et patriotique. Il en est très fier et dès lors, il vient inspecter tous les matins les troupes et vérifier si leurs boutons de chemise étaient bien fermés et lorsque ce n’était pas le cas, il disait ” Vous êtes encore désordonné ! “, il se faisait un plaisir de le faire de ses propres mains. Alexis a également été l’un des premiers scouts de Russie.

Alexis en uniforme de caporal, 1916

Alexis en uniforme de caporal, 1916

Lettre du tsarévitch à sa mère. Sur l’enveloppe, il a écrit “à ma maman” et lui adresse de voeux pour qu’elle dorme bien et que le Ciel la protège.

Lettre du tsarévitch à sa mère. Sur l’enveloppe, il a écrit “à ma maman” et lui adresse de voeux pour qu’elle dorme bien et que le Ciel la protège.

En 1917, le monde d’Alexis s’effondre. Son père abdique et lui-même ne sera jamais Tsar. Quand son précepteur de français, Pierre Gilliard, vient lui annoncer la nouvelle, il le fixa avec stupeur et répondit “mais alors, qui va gouverner la Russie ? » Pour l’adolescent, voir son père recevoir des ordres sur un ton sec de la part de simples soldats est un choc. Dans la confusion générale, le marin Derevenko qu’Alexis considérait comme un proche et à qui il avait accordé son affection l’abandonne.

Quelques jours après l’abdication, les 5 enfants impériaux attrapent la rougeole. Comme ils perdent leurs cheveux, l’Impératrice leur fait raser la tâte pour que leur chevelure repousse plus vite

Les 5 enfants impériaux pendant leur captivité. Alexis est le 3e à partir de la gauche.

Les 5 enfants impériaux pendant leur captivité. Alexis est le 3e à partir de la gauche.

Maison du gouverneur de Tobolsk, prison de la famille impériale d’aout 1917 à août 1918. Une palissade fut dressée, pour empêcher les habitants de voir les Romanov. Sous-alimentés, ils durent leur salut aux soeurs du couvent voisin, qui leu faisait passer quelques produits de base comme du lait et des oeufs.

Maison du gouverneur de Tobolsk, prison de la famille impériale d’aout 1917 à août 1918. Une palissade fut dressée, pour empêcher les habitants de voir les Romanov. Sous-alimentés, ils durent leur salut aux soeurs du couvent voisin, qui leu faisait passer quelques produits de base comme du lait et des oeufs.

Puis, la famille est transférée à Tobolsk, dans l’Oural. Alexis s’y ennuie profondément,  y subit les vexations et la grossièreté des soldats chargés de la garde. Pourtant, il n’hésite pas à protester, quand il estime que ceux-ci dépassent les bornes avec ses soeurs.

A l’hiver 1917, il se blesse à l’aîne, ce qui l’empêche de marcher. La lumière n’a jamais été faite sur cet événement. Aujourd’hui, les historiens russes estiment que la blessure résulte soit de coups donnés par les gardes, soit d’une tentative de suicide.

Le 15 avril 1918, Tobolsk tombe aux mains des bolcheviks. Le sort des Romanovs redevient au devant de l’actualité. Lénine ne veut pas de procès, et souhaite l’exécution non seulement de Nicolas II et de sa famille, mais aussi d’une centaine de Romanovs.

Le 2 mai 1918, les bolcheviks décident le transfert des Romanovs à Ekaterinbourg. Mais Alexis, trop malade, ne peut les accompagner. Il reste à Tobosk, en compagnie de 3 de ses soeurs, tandis que Maria accompagne ses parents.

Ce n’est qu’un mois plus tard, bien que Alexis soit toujours dans un état de santé instable, qu’ils partent pour Ekaterinbourg.. Le transfert se fait sur le bateau “Rus” et est un vrai calvaire pour le jeune homme et ses soeurs. Ils sont enfermés dans leurs cabines et ne peuvent même pas se rendre aux toilettes. Le garde du corps, Nagorny proteste: ” Quel culot ! Un enfant malade ! ” En prenant ainsi la défense d’Alexis, il a signé son arrêt de mort. Il sera débarqué et assassiné d’une balle dans la tête par la police secrète des bolcheviques, nouvellement formée. Il est ainsi tué pour ” acte de complaisance ” envers un ” reste de l’ancien régime “.

Dernière photo connue d’Alexis, en compagnie de sa soeur Olga

Dernière photo connue d’Alexis, en compagnie de sa soeur Olga

C’est au mois de mai 1918 qu’Alexis et ses sœurs arrivent à Ekaterinbourg, capitale de l’Oural et cœur du bolchevisme régional, ils sont emmenés à la villa Ipatiev qui est renommée ” Maison à destination spéciale “. De hautes palissades de trois mètres de hauts sont élevées tout autour de la propriété, les fenêtres sont badigeonnées à la peinture blanche afin d’empêcher qu’on puisse voir de l’intérieur à l’extérieur et de l’extérieur à l’intérieur. Ils sont logés dans la partie la plus isolée de la maison, cinq pièces contiguës, une pièce qui sert de chambre au couple impérial et à leur plus jeune enfant, une pièce qui sert de chambre aux Grande-Duchesses, une pièce qui est utilisée par les domestiques et le médecin et enfin, deux pièces communes dont la salle à manger. L’humiliation continue, les toilettes sont partagées par la famille et les quelques 70 gardes, il leur est interdit de fermer la porte lorsqu’ils y vont.

Ils sont fouillés pour un oui ou pour un non, et les gardes volent la moitié de la nourriture qui leur est destinée.

tableau du peintre russe Mouxajine, intitulé« avant l’exécution ». On y voit la famille impériale, ainsi que les quatre serviteurs ayant refusé de les abandonner, dans la pièce du sous-sol de la maison Ipatiev.

tableau du peintre russe Mouxajine, intitulé« avant l’exécution ». On y voit la famille impériale, ainsi que les quatre serviteurs ayant refusé de les abandonner, dans la pièce du sous-sol de la maison Ipatiev.

La suite est connue : dans la nuit du 16 au 17 juillet 1918, la famille est réveillée par les gardes, qui les informent qu’ils doivent se préparer pour partir. En réalité, ils sont emmenés au sous-sol de la maison Ipatiev et fusillés. Mal entrainés au maniement des armes et ivres pour une bonne partie d’entre eux, les tireurs n’ont exécuté, après plusieurs minutes de tirs, que le tsar et la tsarine. La fumée rend l’atmosphère irrespirable, et le bruit de la fusillade commence à réveiller les voisins. Alexis et ses soeurs hurlent de terreur et tentent de se protéger. Un des tireurs vida son chargeur sur le tsarévitch, puis le transperça à coups de baïonnette et un garde lui tira deux balles dans la tête pour l’achever.

Monument près de l’église construite à l’emplacement de la maison Ipatiev.

Monument près de l’église construite à l’emplacement de la maison Ipatiev.

Leur besogne achevée, les meurtriers transportent les corps dans un camion. Certains d’entre eux tentèrent de dépouiller les cadavres. Les corps seront découpés, les crânes défoncés puis défigurés à l’acide, et jetés dans un puits de mine.  L’ordre de Lénine est formel : personne ne doit savoir où se trouve les restes des Romanov.

Mais dès le départ, rien ne va se dérouler comme prévu. Le puits de mine est trop petit pour contenir les 11 corps et le chef du peloton d’exécution, en état d’ivresse, n’a emporté qu’une seule pelle. Les tueurs lancèrent des grenades pour pulvériser les corps, mais cela ne fut pas suffisant pour les faire disparaitre. Les restes humains furent abandonnés là, puis le lendemain, chargés à nouveau dans le camion à destination d’une mine plus profonde, à quelques kilomètres de là.

Gamina Yama, lieu où les corps ont été jetés la première fois, le 17 juillet 1918. C’est aujourd’hui un lieu de mémoire, comprenant 7 églises, 3 monuments au Tsar, à la Tsarine et à leurs 5 enfants. Entouré d’arbres et orné de pelouses, cet endroit est un lieu de pèlerinage et de recueillement. Tous les ans, les “journées impériales” commémorent l’assassinat.  Concerts, conférences, messes  se déroulent pendant 3 jours dans la ville d’Eh-Ekaterinbourg. Puis dans la nuit, les pèlerins partent en procession de l’église-sur-le-sang et parcourent à pieds les 20 km jusqu’à Gamina Yama. En 2017, 70 000 personnes y ont participé.

Gamina Yama, lieu où les corps ont été jetés la première fois, le 17 juillet 1918. C’est aujourd’hui un lieu de mémoire, comprenant 7 églises, 3 monuments au Tsar, à la Tsarine et à leurs 5 enfants. Entouré d’arbres et orné de pelouses, cet endroit est un lieu de pèlerinage et de recueillement. Tous les ans, les “journées impériales” commémorent l’assassinat. Concerts, conférences, messes se déroulent pendant 3 jours dans la ville d’Eh-Ekaterinbourg. Puis dans la nuit, les pèlerins partent en procession de l’église-sur-le-sang et parcourent à pieds les 20 km jusqu’à Gamina Yama. En 2017, 70 000 personnes y ont participé.

Et de nouveau, rien ne se passe comme prévu : le camion s’embourbe et les hommes, épuisés, refusent d’obéir aux ordres. Leur chef, Yurovsky, décide alors d’enterrer les corps à l’endroit oùle camion s’est arrêté. Dernière précaution afin de préserver le secret : pour éviter que l’on puisse retrouver 11 corps enterrés ensemble, ce qui permettrait d’établir un lien avec l’exécution de la famille impériale, il décide que les restes des corps de Maria et d’Alexis seraient enterrés à part, 15 mètres plus loin. Comme nous allons le voir, ces incidents à répétition auront des conséquences dramatiques pour le repos éternel de Maria et d’Alexis.

Photo extraite du rapport du juge Sokolov. En l’absence de corps, Il en conclut à tort qu’il s’agissait du premier endroit où les cadavres avaient été jetés. En réalité, il s’agit du second lieu d’inhumation des Romanov. Les rondins servirent à désembourber les voitures et les corps furent jetés juste en-dessous.  Cet endroit boueux fut la dernière demeure de la famille impériale pendant plus de 70 ans.

Photo extraite du rapport du juge Sokolov. En l’absence de corps, Il en conclut à tort qu’il s’agissait du premier endroit où les cadavres avaient été jetés. En réalité, il s’agit du second lieu d’inhumation des Romanov. Les rondins servirent à désembourber les voitures et les corps furent jetés juste en-dessous. Cet endroit boueux fut la dernière demeure de la famille impériale pendant plus de 70 ans.

Dès 1977, des géologues avaient retrouvé des os dans les forets entourant Ekaterinbourg mais, conscients de détenir un secret d’Etat, ils préférèrent les enterrer à nouveau, et attendre que le climat politique leur permettre de parler sans crainte. En 1991, des fouilles furent autorisées et les restes authentifiés, mais il manquait toujours deux corps, Maria (que l’on confondit d’abord avec Anastasia) et Alexis. Ce n’est qu’en 2007 que furent retrouvés les restes de Maria et d’Alexis, en tout 44 morceaux d’os et de dents.

Plan des fouilles de 2007. Le carré rouge 2 indique l’emplacement des restes d’Alexis et Maria

Plan des fouilles de 2007. Le carré rouge 2 indique l’emplacement des restes d’Alexis et Maria

Le site aujourd’hui

Le site aujourd’hui

Malheureusement pour le tsarévitch, l’Eglise exprime des doutes sur le résultat des tests ADN menés sur les restes humains retrouvés : pour elle, les corps ont été jetés à Gamina Yama et brûlés. Cette croyance s’appuie sur le rapport du juge Sokolov, sur les morceaux de vêtements, fragments d’os et sur le cadavre du chien d’Anastasia, mort dans la fusillade lui aussi et jeté dans le puits de mine avec ses maîtres.Dans cette optique, les corps n’ont pas pu être enterrés ailleurs et le reste humains trouvés dans la forêt ne peuvent pas être ceux des Romanovs.

Aujourd’hui, la controverse n’est toujours pas éteinte. 9 des 11 victimes de la tuerie d’Ekaterinbourg ont été enterrées avec les honneurs, dans la cathédrale Pierre et Paul de Saint Petersburg. Tel n’est pas le cas d’Alexis.  Par une triste ironie du sort, une plaque à son nom, identique à celle de ses parents et ses soeurs a été apposée au mur de la chapelle funéraire de Nicolas II, donnant ainsi l’illusion que le tsarévitch repose enfin en paix. En réalité, les restes d’Alexis et Maria se trouvent encore aujourd’hui dans les réserves d’un Institut medico-légal.

Tombes de Nicolas II , de sa famille et des serviteurs assassins avec eux à Ekaterinbourg

Tombes de Nicolas II , de sa famille et des serviteurs assassins avec eux à Ekaterinbourg

 En 1981, l’église russe hors frontières a canonisé la famille impériale en tant que martyrs. En 2000, ce fut au tour de l’église russe, en tant que « témoins de la Passion ». Ce concept est propre à l’église orthodoxe et n’existe pratiquement pas chez les catholiques. La sainteté est accordée à qui a supporté une mort terrible de manière chrétienne, sans nécessairement avoir été assassiné en raison de sa foi.

12 août 1917 : le dernier anniversaire du tsarévitch Alexis
2 exemples d’icônes d’Alexis. Les icônes du tsarévitch seul sont rares, l’Eglise préférant mettre l’accent sur la famille impériale dans son ensemble.

2 exemples d’icônes d’Alexis. Les icônes du tsarévitch seul sont rares, l’Eglise préférant mettre l’accent sur la famille impériale dans son ensemble.

 Aujourd’hui, cet enfant martyr, qui, 99 ans après son assassinat, n’a toujours pas de tombe, est vénéré par les Russes. Il est fêté le 17 juillet.

Alexis Nicolaevitch de Russie (1904-1918)

Alexis Nicolaevitch de Russie (1904-1918)

Monument au Tsarévitch à Yalta

Monument au Tsarévitch à Yalta

Voir les commentaires

Centenaire de l'assassinat de Nicolas II et des siens.4e partie : expositions à Ekaterinbourg

Publié le par Sophie Manno de Noto

affiche de l’exposition « tragédie d’une famille, tragédie d’une nation ».

affiche de l’exposition « tragédie d’une famille, tragédie d’une nation ».

Voici quelques objets et documents intéressants montres au public en cet été 2018.

Tableau représentant la maison Ipatiev. A droite de la porte, la grille de la pièce où furent exécutés les prisonniers impériaux et leurs serviteurs.

Tableau représentant la maison Ipatiev. A droite de la porte, la grille de la pièce où furent exécutés les prisonniers impériaux et leurs serviteurs.

Centenaire de l'assassinat de Nicolas II et des siens.4e partie : expositions à Ekaterinbourg

Quand les habitants de Ekaterinbourg virent que la maison commençait à être démolie, ils se précipitèrent pour essayer d’arracher des morceaux aux démolisseurs. Ici, la grille de la salle d’exécution.

La grille aujourd’hui

La grille aujourd’hui

Objets provenant de la maison Ipatiev, récupérés et cachés par les habitants de la ville.

Objets provenant de la maison Ipatiev, récupérés et cachés par les habitants de la ville.

Pistolet qui aurait tué Nicolas II

Pistolet qui aurait tué Nicolas II

Article dans le journal “Le travailleur de l’Oural” annonçant l’exécution de “Nicolas le sanglant”

Article dans le journal “Le travailleur de l’Oural” annonçant l’exécution de “Nicolas le sanglant”

Voir les commentaires

Centenaire de l'assassinat de Nicolas II et des siens. 3e partie : l’exécution des prisonniers d’Alapaievsk (18 juillet 1918)

Publié le par Sophie Manno de Noto

Alapaievsk, centre ville : monument en l’honneur de la Grande-Duchesse Elisabeth, fleuri a l’occasion du centenaire de son assassinat.

Alapaievsk, centre ville : monument en l’honneur de la Grande-Duchesse Elisabeth, fleuri a l’occasion du centenaire de son assassinat.

Le lendemain de l’exécution de la famille impériale et de leurs serviteurs, un autre drame se déroula à une soixantaine de kilomètres, à côté d’une ville nommée Alapaievsk. 8 détenus, parmi lesquels 6 membres de la famille Romanov allaient y être sauvagement assassinés.

  1. La grande-duchesse Élisabeth Fiodorovna (53 ans);
  2. Le grand-duc Serge Mikhaïlovitch de Russie (48 ans);
  3. Le prince impérial Ioann Constantinovitch de Russie (32 ans);
  4. Le prince impérial Constantin Constantinovitch de Russie (27 ans);
  5. Le prince impérial Igor Constantinovitch de Russie (24 ans);
  6. Le prince Vladimir Pavlovitch Paley, fils du grand-duc Paul Alexandrovitch de Russie et de son épouse morganatique la princesse Olga Karnovitch Paley (21 ans);
  7. Fiodor Semionovitch Remez, secrétaire du grand-duc Serge (40 ans);
  8. Sœur Varvara Yakovleva, religieuse au monastère des Saintes-Marthe-et-Marie à Moscou (35 ans)
Alapaievsk, 18 juillet 2018 : concert et marche de bienfaisance

Alapaievsk, 18 juillet 2018 : concert et marche de bienfaisance

Vente de charité au profit de l’association « byeli tsvetok (la fleur blanche)»

Vente de charité au profit de l’association « byeli tsvetok (la fleur blanche)»

L’association de bienfaisance “ la fleur blanche” (en russe БЕЛЫЙ ЦВЕТОК) est née en Russie en 1911, a l’initiative de l’Empereur Nicolas II et d’Alexandra. Elle s’inscrit dans le courant caritatif européen de lutte contre la tuberculose.

L’association se finançait en organisant des ventes de charité d’objets confectionnes par ses membres. Les premiers marchés furent organisés à Yalta, qui était alors le centre de la lutte contre la tuberculose en Russie. Les membres de la famille impériale se transformait alors en vendeur de foire pour récolter des fonds.

Palais de Livadia, les 5 enfants de Nicolas II participant à la journée de la fleur blanche

Palais de Livadia, les 5 enfants de Nicolas II participant à la journée de la fleur blanche

La tsarine Alexandra vendant des objets au profit de l’association

La tsarine Alexandra vendant des objets au profit de l’association

En pleine nuit, les 8 détenus furent transférés de l’école d’Alapaievsk qui leur servait de prison vers le lieu dit Verkhine-Sinyatchikhinsky. Ils furent précipités vivants dans un puit de mine, dans lequel les assassins jetèrent des grenades.

Plusieurs d’entre eux, dont la Grande-Duchesse Elisabeth, survécurent à leurs chutes et moururent de faim ou de leurs blessures.

Cérémonie d’hommage à l’endroit où les 8 martyrs furent exécutés.

Cérémonie d’hommage à l’endroit où les 8 martyrs furent exécutés.

Centenaire de l'assassinat de Nicolas II et des siens. 3e partie : l’exécution des prisonniers d’Alapaievsk (18 juillet 1918)
Le puits de mine aujourd’hui

Le puits de mine aujourd’hui

Centenaire de l'assassinat de Nicolas II et des siens. 3e partie : l’exécution des prisonniers d’Alapaievsk (18 juillet 1918)

Verkhine-Sinyatchikhinsky possède des reliques d’Elisabeth. Début juillet 2018, elles furent transférées provisoirement à Ekaterinbourg, pour être offerte à la vénération des fidèles dans l’église sur le sang.

Centenaire de l'assassinat de Nicolas II et des siens. 3e partie : l’exécution des prisonniers d’Alapaievsk (18 juillet 1918)
Icone offerte par le patriarche Kirill lors de la vénération des reliques, avec une bénédiction spéciale pour le 100e anniversaire des assassinats de 1918.

Icone offerte par le patriarche Kirill lors de la vénération des reliques, avec une bénédiction spéciale pour le 100e anniversaire des assassinats de 1918.

Après la révolution, l’organisation fut dissoute. Elle renaquit en 2014 et consacre son action aux pauvres et aux orphelins.

Voir les commentaires

Centenaire de l'assassinat de Nicolas II et des siens. 2e partie : Parassionkov log, le lieu de sépulture oublié

Publié le par Sophie Manno de Noto

L’entrée du mémorial des Romanov. Bien plus modeste que Ganina Yama, il n’est connu que des spécialistes et de quelques passionnés.

L’entrée du mémorial des Romanov. Bien plus modeste que Ganina Yama, il n’est connu que des spécialistes et de quelques passionnés.

En 1919, le juge Nikolai Sokolov se voit confier l’enquête sur l’assassinat de la famille impériale. Il commença ses investigations en février 1919, mais fut contraint de les interrompre quelques mois après, et de quitter Ekaterinbourg pour fuir l’avancée de l’armée rouge. Réfugié en France, il mourut en 1924, date à laquelle son rapport fut publié.

Le manque de temps dont il disposa pour mener à bien son enquête explique probablement la confusion qui règne encore aujourd’hui dans l’esprit du grand public concernant le lieu d’inhumation des corps en 1918. Les cadavres furent d’abord jetés à Ganina Yama, où les assassins tentèrent de les faire disparaître, en les dissolvant dans l’acide et les brulant.

Mais ivres pour la plupart d’entre eux et n’ayant emporté qu’une seule pelle pour enterrer 11 corps, ils réalisèrent le lendemain que le lieu de sépulture sera trop facilement identifiable. Ils prirent donc la décision de reprendre les corps, et de les enterrer ailleurs, dans un lieu qui n’a jamais été révélé. En chemin, le camion s’embourba à Parassionkov log et les hommes, exaspérés, décidèrent, passant outre les ordres de leurs chefs, de jeter les corps à l’endroit où le camion s’était arrêté. Dans une tentative maladroite de brouiller les pistes, ils séparèrent les corps, enterrant Maria et Alexei à part.

Sokolov photographia Parassionkov log, mais crut que le camion s’était d’abord embourbé là, que les corps avaient été repris puis jetés et brûlés à Ganina Yama. Il ne comprit pas que c’était l’inverse qui s’était passé. Cette confusion explique en partie les doutes qu’exprima l’Eglise orthodoxe, lorsque des corps identifiés comme ceux de la famille impériale et leurs serviteurs furent retrouvés a Parassionkov log.

Cet endroit qui fut pourtant la sépulture de Nicolas, Alexandra, Olga, Tatiana, Maria, Anastasia, Alexis, du Docteur Botkine, d’Anna Demidova, d’Ivan Kharitonov et d’Alexei Trupp pendant 70 ans est un lieu ignoré des habitants eux-mêmes. Notre chauffeur de taxi, pourtant âgé d’une soixantaine d’années, ne s’y était jamais rendu et en ignorait l’existence.

De plus, Parassionkov log se traduit en français par « le ravin du porcelet » et les standards des compagnies de taxis croient invariablement à une plaisanterie quand elles entendent que vous voulez commander une course pour une telle destination Si vous précisez qu’il s’agit du lieu d’inhumation des Romanov, elles vous renvoient vers Ganina Yama.

 

Lieu où les corps de 9 des 11 suppliciés de la maison Ipatiev furent retrouvés.

Lieu où les corps de 9 des 11 suppliciés de la maison Ipatiev furent retrouvés.

Cependant, pour le centenaire de l’assassinat, même si le pèlerinage ne s’y arrêta pas, des fleurs y furent déposées. Dans la tradition russe, les oeillets rouges sont utilisés pour commémorer les morts.

Croix marquant l’endroit où furent retrouvés les restes d’Alexis et de Maria.

Croix marquant l’endroit où furent retrouvés les restes d’Alexis et de Maria.

Centenaire de l'assassinat de Nicolas II et des siens. 2e partie : Parassionkov log, le lieu de sépulture oublié

Le peloton d’exécution s’est acharné sur les corps, brûlant, découpant, dispersant aux 4 vents. De modestes croix ou icônes rappellent que des restes humains reposent aujourd’hui encore éparpillés dans la forêt.

Voir les commentaires

Centenaire de l'assassinat de Nicolas II et des siens. 1ère partie : le pèlerinage de la nuit du 16 au 17 juillet 2018

Publié le par Sophie Manno de Noto

Chaque année, depuis le début des années 2000, à la mi-juillet, les municipalités de Ekaterinbourg et Alapaievsk organisent un ensemble de manifestations (expositions, concert, messes) en souvenir de l’assassinat de Nicolas II et des siens. En 2018, le patriarche Kirill, chef de l’Eglise orthodoxe russe, a effectué un voyage de plusieurs jours en Oural pour commémorer les évènements tragiques de juillet 1918

Programme de la visite du Patriarche Kirill à Ekaterinbourg à l’occasion du centenaire de l’assassinat de la famille impériale.

Programme de la visite du Patriarche Kirill à Ekaterinbourg à l’occasion du centenaire de l’assassinat de la famille impériale.

Dans la nuit du 16 au 17 juillet, nuit anniversaire de l’assassinat, le Patriarche Kirill, assisté de nombreux prêtres, commença la célébration de la messe à 23h30. La liturgie s’est terminée à 2h30 du matin.

Messe célébrée par le patriarche Kirill dans la nuit du 16 au 17 juillet. L’exécution du Tsar et de sa famille eut lieu à 1h30 et dura 40 minutes.

Messe célébrée par le patriarche Kirill dans la nuit du 16 au 17 juillet. L’exécution du Tsar et de sa famille eut lieu à 1h30 et dura 40 minutes.

2h30 du matin : la messe est finie. Les pèlerins se préparent pour 21 km à pieds vers Ganina Yama.

2h30 du matin : la messe est finie. Les pèlerins se préparent pour 21 km à pieds vers Ganina Yama.

Le cortège s’étirait sur plusieurs kilomètres, et le chiffre de 100 000 pèlerins me paraît un minimum au vu de la foule présente.

Centenaire de l'assassinat de Nicolas II et des siens. 1ère partie : le pèlerinage de la nuit du 16 au 17 juillet 2018
Centenaire de l'assassinat de Nicolas II et des siens. 1ère partie : le pèlerinage de la nuit du 16 au 17 juillet 2018
En Russie, outre la vénération des icônes, il est traditionnel de passer en dessous lorsqu’elles sont portées en procession.

En Russie, outre la vénération des icônes, il est traditionnel de passer en dessous lorsqu’elles sont portées en procession.

La Gazette de l’Oural. Photo de la tête du cortège, avec le Patriarche

La Gazette de l’Oural. Photo de la tête du cortège, avec le Patriarche

L’ambiance était à la fois festive et recueillie, la marche est rythmée par des chants religieux entonnés par les uns et les autres telle une litanie. Prêtres accompagnés de leur famille, jeunes, personnes âgées, tous chantent en marchant. Quelques pèlerins entonnent le "боже Царя храни" boje tsaria rani – que Dieu sauve le Tsar – qui fut l’hymne russe de 1833 à 1917.

Centenaire de l'assassinat de Nicolas II et des siens. 1ère partie : le pèlerinage de la nuit du 16 au 17 juillet 2018
Centenaire de l'assassinat de Nicolas II et des siens. 1ère partie : le pèlerinage de la nuit du 16 au 17 juillet 2018

Encore 7 km. La beauté du soleil levant dans la forêt fait un peu oublier les jambes lourdes et la fatigue.

Après 5h30 de marche, nos efforts sont enfin récompensés, nous arrivons à Ganina Yama.

Un écran géant retransmet les bénédictions qui ont lieu à l’endroit même où ont été jetés les corps. A droite, l’inscription au-dessus du portrait de Nicolas II proclame « pardonne-nous, notre Souverain ».

Un écran géant retransmet les bénédictions qui ont lieu à l’endroit même où ont été jetés les corps. A droite, l’inscription au-dessus du portrait de Nicolas II proclame « pardonne-nous, notre Souverain ».

C’est aujourd’hui un lieu de recueillement, sur lequel ont été construits 7 monastères. La foule, nombreuse, passe d’une église à l’autre, se recueille devant les statues de la famille impériale ou embrasse les icônes, spécialement sorties pour l’occasion.

Centenaire de l'assassinat de Nicolas II et des siens. 1ère partie : le pèlerinage de la nuit du 16 au 17 juillet 2018
Centenaire de l'assassinat de Nicolas II et des siens. 1ère partie : le pèlerinage de la nuit du 16 au 17 juillet 2018
Vénération de l’icône de Nicolas II

Vénération de l’icône de Nicolas II

Nous nous préparons ensuite à nous rendre dans un autre lieu emblématique des évènements de 1918, Parassionkov log, situé à quelques kilomètres (à suivre).

Voir les commentaires

30 mai 1898 : la tragédie de la Khodinka

Publié le par Sophie Manno de Noto

Nicolas II fut couronné tsar de Russie le 26 mai 1896. A cette occasion, 3 semaines de réjouissances furent organisées comprenant solennités religieuses, rencontres au sommet avec des délégations étrangères, bals, diners.

Programme des festivités organisées pour le couronnement de Nicolas II. Les dates suivent le calendrier julien, en retard (entre mars 1800 et février 1900) de 12 jours sur le calendrier grégorien utilisé en Occident.

Programme des festivités organisées pour le couronnement de Nicolas II. Les dates suivent le calendrier julien, en retard (entre mars 1800 et février 1900) de 12 jours sur le calendrier grégorien utilisé en Occident.

Moscou pavoisée et illuminée à l’occasion du couronnement impérial

Moscou pavoisée et illuminée à l’occasion du couronnement impérial

Bien que la capitale de l’Empire russe soit à l’époque Saint-Pétersbourg, le couronnement devait par tradition se tenir à Moscou, dans la cathédrale de la Dormition de la Vierge, située sur la place des cathédrales au Kremlin.

La Cour arriva à Moscou le 18 mai. 3 jours plus tard, le Tsar fit son entrée solennelle à Moscou en passant sous un arc dressé spécialement pour l’occasion à Tverskaia.

Entrée solennelle du tsar à Moscou

Entrée solennelle du tsar à Moscou

Entrée solennelle du tsar à Moscou : le cortège s’arrête à la chapelle Iverskaya, située à une des entrées de la Place rouge. La chapelle fut détruite par les communistes pour laisser passer les chars lors des parades militaires. Elle fut reconstruite entre 1994 et 1995.

Entrée solennelle du tsar à Moscou : le cortège s’arrête à la chapelle Iverskaya, située à une des entrées de la Place rouge. La chapelle fut détruite par les communistes pour laisser passer les chars lors des parades militaires. Elle fut reconstruite entre 1994 et 1995.

La plupart des fêtes étaient destinées aux grands de ce monde, aux corps diplomatiques et à l’aristocratie, mais le people ne fut pas oublié : en date 30 mai, des réjouissances populaires étaient prévues à la “Khodinka” à partir de 10h00 du matin. Attirée par la promesse de cadeaux, la foule se masse dès la veille. A 5 heures du matin le 30 mai, ce sont déjà 500 000 personnes qui attendant. L’atmosphère est fébrile mais joyeuse : on plaisante, on boit, on rit.

Extrait d’un plan de Moscou. La Khodinka y figure en blanc. Cet espace d’environ un kilomètre carré était truffé de trous, qui allaient jouer un rôle tragique au moment de la bousculade.

Extrait d’un plan de Moscou. La Khodinka y figure en blanc. Cet espace d’environ un kilomètre carré était truffé de trous, qui allaient jouer un rôle tragique au moment de la bousculade.

Du côte des organisateurs, tout est prêt : le vaste espace de la Khodinka, attenant au palais Petrovsky, qui servait de champ de manoeuvre pour la garnison moscovite, a été recouvert d’un plancher destiné à égaliser le sol. Sur son pourtour ont été construits des baraques temporaires, destinés à la distribution de cadeaux. Ceux-ci consistent en une timbale émaillée à l’effigie des souverains, de la nourriture, des boissons.

30 mai 1898 : la tragédie de la Khodinka
30 mai 1898 : la tragédie de la Khodinka
 Objets offerts par le Tsar à ses sujets lors de son couronnement : un biscuit, un foulard commémoratif (49*57 cm), une timbale. L’impératrice la surnommera « la tasse du chagrin ». Il est d’usage que les Souverains offrent des cadeaux au peuple lors de leur couronnement.

Objets offerts par le Tsar à ses sujets lors de son couronnement : un biscuit, un foulard commémoratif (49*57 cm), une timbale. L’impératrice la surnommera « la tasse du chagrin ». Il est d’usage que les Souverains offrent des cadeaux au peuple lors de leur couronnement.

Annonce de la fête populaire du 30mai

Annonce de la fête populaire du 30mai

Les rumeurs les plus folles circulent sur les cadeaux : pièces d’or, vodka, billet de loterie etc…Dans son ouvrage « le couronnement », l’écrivain russe Boris Akounine prête les propos suivants à un cocher « c’est-y vrai ce qu’on dit, que chacun aura droit à une chope d’étain aux armes de l ‘Empire toute remplie à ras bord de vraie vodka ? »

Vers 5 heures du matin, une rumeur naît : il y aura pas assez de cadeaux pour tout le monde. Une bousculade commence pour obtenir les présents tant convoités. Sous la poussée de la foule, le plancher s’effondre. Des centaines de personnes tombent et sont piétinées. Les 1800 policiers présents sont complètement débordés. Dans sa nouvelle consacrée au drame, Tolstoi évoque les hommes devenus fous et son héros, qui se penche pour sauver un enfant tombé à terre, manque d’être piétiné à son tour à ce moment là.

L’écrivain Vladimir Gilarovsky, connu pour ses récits sur l’histoire de Moscou évoque la tragédie en ces termes : « près des tentes, quelqu’un cria : « ils ont commencé la distribution ! ». Alors, une foule énorme se rua vers la gauche… des cris effroyables, des pleurs bouleversants déchirèrent l’air… la foule précipita des centaines de personnes dans le fossé, et ces personnes furent piétinées »“

Quand les renforts arrivent, ils découvrent des fossés remplis de cadavres. La bousculade n’a pas duré plus de 10 minutes, mais le bilan est terrible : plus de 1300 morts et plus de 1000 blessés, mais il est possible que le nombre de victimes ait été en réalité plus élevé. Les blessés sont conduits à l’hôpital Sainte Catherine et à l’hopital Marinsky. Mais les hôpitaux, débordés, ont du mal à faire face à cet afflux de victimes.

Foule à la Khodinka. Tableau de Vladimir Makovsky. L’espace était si vaste qu’une partie des personnes présentes ne se rendit même pas compte du drame qui se déroulait quelques centaines de mètres plus loin.

Foule à la Khodinka. Tableau de Vladimir Makovsky. L’espace était si vaste qu’une partie des personnes présentes ne se rendit même pas compte du drame qui se déroulait quelques centaines de mètres plus loin.

Scènes de panique sur le champ de la Khodinka

Scènes de panique sur le champ de la Khodinka

Victimes de la bousculade

Victimes de la bousculade

Quelques centaines de mètres plus loin, la foule ne s’est aperçue de rien. Les gens font tranquillement la queue près du stand de distribution de bière, et repartent avec les cadeaux offerts par le Tsar.

Quelques centaines de mètres plus loin, la foule ne s’est aperçue de rien. Les gens font tranquillement la queue près du stand de distribution de bière, et repartent avec les cadeaux offerts par le Tsar.

A 10H00 du matin, le Tsar est informé de la tragédie qui vient d’avoir lieu. En début d’après-midi, il se rend sur les lieux, mais ne peut rien constater par lui-même, puisque toute trace du drame a été effacée.

Nicolas II à la Khodinka l’après-midi du 30 mai. Une foule énorme se masse pour l’acclamer et chanter des hymnes

Nicolas II à la Khodinka l’après-midi du 30 mai. Une foule énorme se masse pour l’acclamer et chanter des hymnes

Et Nicolas II, bouleversé par la tragédie et mal conseillé par son entourage, va commettre une effroyable erreur, que son peuple ne pardonnera jamais.

Louis Gustave Lannes de Montebello (1838-1907) Ambassadeur de France en Russie de 1891 à 1902. Intime des Romanov, il fut l’un des artisans de l’alliance Franco-russe. Le Tsar Nicolas II est le parrain du 1er petit fils de l’ambassadeur.

Louis Gustave Lannes de Montebello (1838-1907) Ambassadeur de France en Russie de 1891 à 1902. Intime des Romanov, il fut l’un des artisans de l’alliance Franco-russe. Le Tsar Nicolas II est le parrain du 1er petit fils de l’ambassadeur.

Le soir même, était prévu un bal donné par l’Ambassadeur de France, le comte de Montebello. Nicolas II et Alexandra veulent se décommander, mais le Grand-Duc Serge le leur déconseille formellement, car il ne convient pas selon lui, de se montrer trop sentimental. Des considérations de politique étrangère entrent également en jeu car la Russie vient de signer un traité d’alliance avec la France, et les Souverains craignent de vexer leur nouvel allié s’ils annulent leur participation au bal.

A l’époque, l’Ambassade de France était située à Saint-Pétersbourg, capitale de la Russie. Pour la circonstance, l’Ambassadeur loua à la famille des comtes Sherementiev un palais, qu’il fit arranger à grands frais, le transformant en quelque sorte en Ambassade temporaire. Le Bal des Montebello était l’événement le plus attendu des festivités du couronnement. Selon le Figaro du 1er juin 1896, « depuis des mois, la possession de l’un de ces cartons d’invitation est devenu une grave préoccupation pour des milliers de personnes. On s’attendait à des merveilles de goût ». Et en effet, l’épouse de l’Ambassadeur ne lésina pas sur les moyens ; tapisseries des gobelins, argenterie venue directement de Versailles, brassées de fleurs.

Le Palais Sherementiev, où eut lieu le bal organisé par Montebelllo

Le Palais Sherementiev, où eut lieu le bal organisé par Montebelllo

Menu du dîner donné le 30 mai par l’Ambassadeur de France, juste avant le bal que le couple impérial devait honorer de sa présence.

Menu du dîner donné le 30 mai par l’Ambassadeur de France, juste avant le bal que le couple impérial devait honorer de sa présence.

 Tous ces efforts fournis par la France pour honorer le couple impérial vont jouer un rôle clé dans la « mécanique de courtoisie » qui s’enclenche : Nicolas et Alexandra n’osent se décommander, mais attendent une communication officielle de l’Ambassadeur qui annule le bal. De son côté, le comte de Montebello n’ose pas prendre l’initiative de reporter la soirée, mais il attend que le couple impérial, au vu des événements, l’informe de son désistement. Comme aucune des deux parties ne fait le premier pas afin d’éviter d’offenser l’autre, les Souverains se rendirent quand même au bal. Selon un témoin, le Tsar et son épouse étaient blêmes et anxieux, mais ils jouèrent leur rôle, saluant les invités et ouvrant par courtoisie le bal. Ils quittèrent les lieux rapidement, mais le mal était fait. Pour l’instant, l’Empereur est encore exempt de critiques et c’est l’Impératrice qui fut blâmée pour ce grave faux pas.

La comtesse de Montebello sortant du Kremlin pour assister au couronnement de Nicolas II le 26 mai 1896. Fonds des frères Lumière.

La comtesse de Montebello sortant du Kremlin pour assister au couronnement de Nicolas II le 26 mai 1896. Fonds des frères Lumière.

Et de fait, l’histoire n’a pas retenu les gestes que firent les Souverains en faveur des victimes : Nicolas II, son épouse et plusieurs membres de la famille impériale se rendirent au chevet des blessés. L’Empereur paya les funérailles des victimes sur sa cassette personnelle, et débloqua, également sur ses propres deniers, une somme de 100 000 roubles, considérable pour l’époque, à partager entre les familles des blessés ou disparus.

Vladimir Makovsky : enterrement des victimes de la Khodinka

Vladimir Makovsky : enterrement des victimes de la Khodinka

Quelques victimes furent enterrées dans leur paroisse ; la plupart le furent au cimetière moscovite Vagankovo, sorte de Père-Lachaise russe. Pour celles qui ne purent être identifiées, une fosse commune fut creusée. Aujourd’hui encore, un monument perpétue le souvenir de la tragédie.

En 1896 , au cimetière Vagankovo, sur la fosse commune a été installé un monument aux victimes de la bousculade sur le champ de Khodynka. Vagankovo abrite la tombe de nombreuses personnalités, et de victimes de tragédie collectives telles la bataille de Borodino ou les morts de l’attentat terroriste du théâtre de Moscou en 2002

En 1896 , au cimetière Vagankovo, sur la fosse commune a été installé un monument aux victimes de la bousculade sur le champ de Khodynka. Vagankovo abrite la tombe de nombreuses personnalités, et de victimes de tragédie collectives telles la bataille de Borodino ou les morts de l’attentat terroriste du théâtre de Moscou en 2002

Le Grand-Duc Serge

Le Grand-Duc Serge

Une enquête fut diligentée pour faire la lumière sur le drame. Le grand-Duc Serge, gouverneur de Moscou, oncle et beau-frère du Tsar, responsable de l’organisation des fêtes du couronnement ne fut pas sanctionné. Il y gagna le surnom peu flatteur de « Prince de la Khodinka ». Mis à part deux fonctionnaires qui furent limogés, il n’y eut pas de sanction dans cette affaire

Voir les commentaires

Escale royale à Palerme

Publié le par Sophie Manno de Noto

Publié il y a plusieurs années dans un magazine d'art italien, cet article traite de l'escale du Roi George V à Palerme en 1909, à bord de son yacht le Britannia, et du traitement postal du courrier à bord du bateau.

 

Escale royale à Palerme
Escale royale à Palerme

Voir les commentaires

Menus royaux : Noël à la Cour d’Angleterre – Osborne 1891 (partie 13)

Publié le par Sophie Manno de Noto

Menus royaux : Noël à la Cour d’Angleterre – Osborne 1891 (partie 13)

Voici le menu de Noël 1891 de la famille royale britannique à Osborne sur l’île de Wight, dont le dessin du château apparaît en tête du menu. Construite sur l’île de Wight, Osborne House fut une des résidences favorites de la Reine Victoria. Elle continua à y venir après le décès de son époux et y passait séjournait de la troisième semaine de septembre à février. Malgré son deuil, Victoria célébrait fastueusement Noël et les domestiques passaient des heures à décorer la maison. Le 24 décembre était consacré au Noël des domestiques. Le dîner familial avait lieu vers 21h00 le soir de Noël. Les cuisines commençaient les préparatifs un mois avant la fête, et la nourriture était envoyée par trains entiers depuis Windsor. 70 kilos de baron de bœuf, 100 kilos de sucre, 40 kilos de raisins étaient entre autre nécessaire pour la confection du dîner. La soirée se terminait par un spectacle donné par des chanteurs ou des musiciens.

 

Diner de sa Majesté la Reine

Potages

La tête de veau en tortue aux pates d’Italie

Poissons

Les filets de turbot au vin

Les merlans frits

Entrée

Les croustades de Riz à la Reine

Relevés

Le hluide (sic) à la chipolata

Echine of pork

Roast beef

Entremets

Les asperges à la sauce

La bouchée au chocolat

Plum pudding (surnom du Christmas pudding)

Mince pies (sorte de tartelette fourrée aux fruits secs et aux épices)

Side table (table attenante)

Baron of beef pie (gâteau de baron de bœuf)

Brown Woodcock pie (tarte à la bécasse)

Boars Head (tête de sanglier)

Voir les commentaires

Menus royaux : mariage du Prince Wilhem-Alexander et de Maxima des Pays-Bas (partie 12)

Publié le par Sophie Manno de Noto

Menus royaux : mariage du Prince Wilhem-Alexander et de Maxima des Pays-Bas (partie 12)

Le 2 février 2002, Willem-Alexander épouse l’élue de son cœur, une jeune Argentine nommée Maxima. Après la cérémonie religieuse, le couple offrit à ses invités une réception au Palais royal d’Amsterdam.

Menus royaux : mariage du Prince Wilhem-Alexander et de Maxima des Pays-Bas (partie 12)

La Cour des Pays-Bas suit la tradition qui consiste à rédiger les menus en français.

Menus royaux : mariage du Prince Wilhem-Alexander et de Maxima des Pays-Bas (partie 12)

La tarte nuptiale dite « tarte de la mariée » fut découpée au sabre par le jeune couple.

Voir les commentaires

Menus royaux : mariage de Béatrix et Claus des Pays-Bas (partie 11)

Publié le par Sophie Manno de Noto

Menus royaux : mariage de Béatrix et Claus des Pays-Bas (partie 11)

Le 10 mars 1966, Amsterdam est en fête : la princesse héritière Beatrix se marie. Contrairement à la tradition, la cérémonie n’aura pas lieu dans le Nieuwe Kerk alors en restauration, mais dans la Westerkerk.

Les invités furent ensuite conviés à un déjeuner au palais royal. Le menu était orné de la photo du jeune couple, et détaillait le programme musical qui allait accompagner le repas. le menu se composait de médaillon de saumon royal et de suprême de volaille princesse.

Menus royaux : mariage de Béatrix et Claus des Pays-Bas (partie 11)

Les vins choisis étaient exclusivement français : Corton-Charlemagne pour l’entrée (grand cru de Bourgogne), Château Rauzan Ségla (Margaux) et Veuve Cliquot pour accompagner le dessert. 

Voir les commentaires

<< < 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 > >>