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russie : romanov

Centenaire de l'assassinat de Nicolas II et des siens. 2e partie : Parassionkov log, le lieu de sépulture oublié

Publié le par Sophie Manno de Noto

L’entrée du mémorial des Romanov. Bien plus modeste que Ganina Yama, il n’est connu que des spécialistes et de quelques passionnés.

L’entrée du mémorial des Romanov. Bien plus modeste que Ganina Yama, il n’est connu que des spécialistes et de quelques passionnés.

En 1919, le juge Nikolai Sokolov se voit confier l’enquête sur l’assassinat de la famille impériale. Il commença ses investigations en février 1919, mais fut contraint de les interrompre quelques mois après, et de quitter Ekaterinbourg pour fuir l’avancée de l’armée rouge. Réfugié en France, il mourut en 1924, date à laquelle son rapport fut publié.

Le manque de temps dont il disposa pour mener à bien son enquête explique probablement la confusion qui règne encore aujourd’hui dans l’esprit du grand public concernant le lieu d’inhumation des corps en 1918. Les cadavres furent d’abord jetés à Ganina Yama, où les assassins tentèrent de les faire disparaître, en les dissolvant dans l’acide et les brulant.

Mais ivres pour la plupart d’entre eux et n’ayant emporté qu’une seule pelle pour enterrer 11 corps, ils réalisèrent le lendemain que le lieu de sépulture sera trop facilement identifiable. Ils prirent donc la décision de reprendre les corps, et de les enterrer ailleurs, dans un lieu qui n’a jamais été révélé. En chemin, le camion s’embourba à Parassionkov log et les hommes, exaspérés, décidèrent, passant outre les ordres de leurs chefs, de jeter les corps à l’endroit où le camion s’était arrêté. Dans une tentative maladroite de brouiller les pistes, ils séparèrent les corps, enterrant Maria et Alexei à part.

Sokolov photographia Parassionkov log, mais crut que le camion s’était d’abord embourbé là, que les corps avaient été repris puis jetés et brûlés à Ganina Yama. Il ne comprit pas que c’était l’inverse qui s’était passé. Cette confusion explique en partie les doutes qu’exprima l’Eglise orthodoxe, lorsque des corps identifiés comme ceux de la famille impériale et leurs serviteurs furent retrouvés a Parassionkov log.

Cet endroit qui fut pourtant la sépulture de Nicolas, Alexandra, Olga, Tatiana, Maria, Anastasia, Alexis, du Docteur Botkine, d’Anna Demidova, d’Ivan Kharitonov et d’Alexei Trupp pendant 70 ans est un lieu ignoré des habitants eux-mêmes. Notre chauffeur de taxi, pourtant âgé d’une soixantaine d’années, ne s’y était jamais rendu et en ignorait l’existence.

De plus, Parassionkov log se traduit en français par « le ravin du porcelet » et les standards des compagnies de taxis croient invariablement à une plaisanterie quand elles entendent que vous voulez commander une course pour une telle destination Si vous précisez qu’il s’agit du lieu d’inhumation des Romanov, elles vous renvoient vers Ganina Yama.

 

Lieu où les corps de 9 des 11 suppliciés de la maison Ipatiev furent retrouvés.

Lieu où les corps de 9 des 11 suppliciés de la maison Ipatiev furent retrouvés.

Cependant, pour le centenaire de l’assassinat, même si le pèlerinage ne s’y arrêta pas, des fleurs y furent déposées. Dans la tradition russe, les oeillets rouges sont utilisés pour commémorer les morts.

Croix marquant l’endroit où furent retrouvés les restes d’Alexis et de Maria.

Croix marquant l’endroit où furent retrouvés les restes d’Alexis et de Maria.

Centenaire de l'assassinat de Nicolas II et des siens. 2e partie : Parassionkov log, le lieu de sépulture oublié

Le peloton d’exécution s’est acharné sur les corps, brûlant, découpant, dispersant aux 4 vents. De modestes croix ou icônes rappellent que des restes humains reposent aujourd’hui encore éparpillés dans la forêt.

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Centenaire de l'assassinat de Nicolas II et des siens. 1ère partie : le pèlerinage de la nuit du 16 au 17 juillet 2018

Publié le par Sophie Manno de Noto

Chaque année, depuis le début des années 2000, à la mi-juillet, les municipalités de Ekaterinbourg et Alapaievsk organisent un ensemble de manifestations (expositions, concert, messes) en souvenir de l’assassinat de Nicolas II et des siens. En 2018, le patriarche Kirill, chef de l’Eglise orthodoxe russe, a effectué un voyage de plusieurs jours en Oural pour commémorer les évènements tragiques de juillet 1918

Programme de la visite du Patriarche Kirill à Ekaterinbourg à l’occasion du centenaire de l’assassinat de la famille impériale.

Programme de la visite du Patriarche Kirill à Ekaterinbourg à l’occasion du centenaire de l’assassinat de la famille impériale.

Dans la nuit du 16 au 17 juillet, nuit anniversaire de l’assassinat, le Patriarche Kirill, assisté de nombreux prêtres, commença la célébration de la messe à 23h30. La liturgie s’est terminée à 2h30 du matin.

Messe célébrée par le patriarche Kirill dans la nuit du 16 au 17 juillet. L’exécution du Tsar et de sa famille eut lieu à 1h30 et dura 40 minutes.

Messe célébrée par le patriarche Kirill dans la nuit du 16 au 17 juillet. L’exécution du Tsar et de sa famille eut lieu à 1h30 et dura 40 minutes.

2h30 du matin : la messe est finie. Les pèlerins se préparent pour 21 km à pieds vers Ganina Yama.

2h30 du matin : la messe est finie. Les pèlerins se préparent pour 21 km à pieds vers Ganina Yama.

Le cortège s’étirait sur plusieurs kilomètres, et le chiffre de 100 000 pèlerins me paraît un minimum au vu de la foule présente.

Centenaire de l'assassinat de Nicolas II et des siens. 1ère partie : le pèlerinage de la nuit du 16 au 17 juillet 2018
Centenaire de l'assassinat de Nicolas II et des siens. 1ère partie : le pèlerinage de la nuit du 16 au 17 juillet 2018
En Russie, outre la vénération des icônes, il est traditionnel de passer en dessous lorsqu’elles sont portées en procession.

En Russie, outre la vénération des icônes, il est traditionnel de passer en dessous lorsqu’elles sont portées en procession.

La Gazette de l’Oural. Photo de la tête du cortège, avec le Patriarche

La Gazette de l’Oural. Photo de la tête du cortège, avec le Patriarche

L’ambiance était à la fois festive et recueillie, la marche est rythmée par des chants religieux entonnés par les uns et les autres telle une litanie. Prêtres accompagnés de leur famille, jeunes, personnes âgées, tous chantent en marchant. Quelques pèlerins entonnent le "боже Царя храни" boje tsaria rani – que Dieu sauve le Tsar – qui fut l’hymne russe de 1833 à 1917.

Centenaire de l'assassinat de Nicolas II et des siens. 1ère partie : le pèlerinage de la nuit du 16 au 17 juillet 2018
Centenaire de l'assassinat de Nicolas II et des siens. 1ère partie : le pèlerinage de la nuit du 16 au 17 juillet 2018

Encore 7 km. La beauté du soleil levant dans la forêt fait un peu oublier les jambes lourdes et la fatigue.

Après 5h30 de marche, nos efforts sont enfin récompensés, nous arrivons à Ganina Yama.

Un écran géant retransmet les bénédictions qui ont lieu à l’endroit même où ont été jetés les corps. A droite, l’inscription au-dessus du portrait de Nicolas II proclame « pardonne-nous, notre Souverain ».

Un écran géant retransmet les bénédictions qui ont lieu à l’endroit même où ont été jetés les corps. A droite, l’inscription au-dessus du portrait de Nicolas II proclame « pardonne-nous, notre Souverain ».

C’est aujourd’hui un lieu de recueillement, sur lequel ont été construits 7 monastères. La foule, nombreuse, passe d’une église à l’autre, se recueille devant les statues de la famille impériale ou embrasse les icônes, spécialement sorties pour l’occasion.

Centenaire de l'assassinat de Nicolas II et des siens. 1ère partie : le pèlerinage de la nuit du 16 au 17 juillet 2018
Centenaire de l'assassinat de Nicolas II et des siens. 1ère partie : le pèlerinage de la nuit du 16 au 17 juillet 2018
Vénération de l’icône de Nicolas II

Vénération de l’icône de Nicolas II

Nous nous préparons ensuite à nous rendre dans un autre lieu emblématique des évènements de 1918, Parassionkov log, situé à quelques kilomètres (à suivre).

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30 mai 1898 : la tragédie de la Khodinka

Publié le par Sophie Manno de Noto

Nicolas II fut couronné tsar de Russie le 26 mai 1896. A cette occasion, 3 semaines de réjouissances furent organisées comprenant solennités religieuses, rencontres au sommet avec des délégations étrangères, bals, diners.

Programme des festivités organisées pour le couronnement de Nicolas II. Les dates suivent le calendrier julien, en retard (entre mars 1800 et février 1900) de 12 jours sur le calendrier grégorien utilisé en Occident.

Programme des festivités organisées pour le couronnement de Nicolas II. Les dates suivent le calendrier julien, en retard (entre mars 1800 et février 1900) de 12 jours sur le calendrier grégorien utilisé en Occident.

Moscou pavoisée et illuminée à l’occasion du couronnement impérial

Moscou pavoisée et illuminée à l’occasion du couronnement impérial

Bien que la capitale de l’Empire russe soit à l’époque Saint-Pétersbourg, le couronnement devait par tradition se tenir à Moscou, dans la cathédrale de la Dormition de la Vierge, située sur la place des cathédrales au Kremlin.

La Cour arriva à Moscou le 18 mai. 3 jours plus tard, le Tsar fit son entrée solennelle à Moscou en passant sous un arc dressé spécialement pour l’occasion à Tverskaia.

Entrée solennelle du tsar à Moscou

Entrée solennelle du tsar à Moscou

Entrée solennelle du tsar à Moscou : le cortège s’arrête à la chapelle Iverskaya, située à une des entrées de la Place rouge. La chapelle fut détruite par les communistes pour laisser passer les chars lors des parades militaires. Elle fut reconstruite entre 1994 et 1995.

Entrée solennelle du tsar à Moscou : le cortège s’arrête à la chapelle Iverskaya, située à une des entrées de la Place rouge. La chapelle fut détruite par les communistes pour laisser passer les chars lors des parades militaires. Elle fut reconstruite entre 1994 et 1995.

La plupart des fêtes étaient destinées aux grands de ce monde, aux corps diplomatiques et à l’aristocratie, mais le people ne fut pas oublié : en date 30 mai, des réjouissances populaires étaient prévues à la “Khodinka” à partir de 10h00 du matin. Attirée par la promesse de cadeaux, la foule se masse dès la veille. A 5 heures du matin le 30 mai, ce sont déjà 500 000 personnes qui attendant. L’atmosphère est fébrile mais joyeuse : on plaisante, on boit, on rit.

Extrait d’un plan de Moscou. La Khodinka y figure en blanc. Cet espace d’environ un kilomètre carré était truffé de trous, qui allaient jouer un rôle tragique au moment de la bousculade.

Extrait d’un plan de Moscou. La Khodinka y figure en blanc. Cet espace d’environ un kilomètre carré était truffé de trous, qui allaient jouer un rôle tragique au moment de la bousculade.

Du côte des organisateurs, tout est prêt : le vaste espace de la Khodinka, attenant au palais Petrovsky, qui servait de champ de manoeuvre pour la garnison moscovite, a été recouvert d’un plancher destiné à égaliser le sol. Sur son pourtour ont été construits des baraques temporaires, destinés à la distribution de cadeaux. Ceux-ci consistent en une timbale émaillée à l’effigie des souverains, de la nourriture, des boissons.

30 mai 1898 : la tragédie de la Khodinka
30 mai 1898 : la tragédie de la Khodinka
 Objets offerts par le Tsar à ses sujets lors de son couronnement : un biscuit, un foulard commémoratif (49*57 cm), une timbale. L’impératrice la surnommera « la tasse du chagrin ». Il est d’usage que les Souverains offrent des cadeaux au peuple lors de leur couronnement.

Objets offerts par le Tsar à ses sujets lors de son couronnement : un biscuit, un foulard commémoratif (49*57 cm), une timbale. L’impératrice la surnommera « la tasse du chagrin ». Il est d’usage que les Souverains offrent des cadeaux au peuple lors de leur couronnement.

Annonce de la fête populaire du 30mai

Annonce de la fête populaire du 30mai

Les rumeurs les plus folles circulent sur les cadeaux : pièces d’or, vodka, billet de loterie etc…Dans son ouvrage « le couronnement », l’écrivain russe Boris Akounine prête les propos suivants à un cocher « c’est-y vrai ce qu’on dit, que chacun aura droit à une chope d’étain aux armes de l ‘Empire toute remplie à ras bord de vraie vodka ? »

Vers 5 heures du matin, une rumeur naît : il y aura pas assez de cadeaux pour tout le monde. Une bousculade commence pour obtenir les présents tant convoités. Sous la poussée de la foule, le plancher s’effondre. Des centaines de personnes tombent et sont piétinées. Les 1800 policiers présents sont complètement débordés. Dans sa nouvelle consacrée au drame, Tolstoi évoque les hommes devenus fous et son héros, qui se penche pour sauver un enfant tombé à terre, manque d’être piétiné à son tour à ce moment là.

L’écrivain Vladimir Gilarovsky, connu pour ses récits sur l’histoire de Moscou évoque la tragédie en ces termes : « près des tentes, quelqu’un cria : « ils ont commencé la distribution ! ». Alors, une foule énorme se rua vers la gauche… des cris effroyables, des pleurs bouleversants déchirèrent l’air… la foule précipita des centaines de personnes dans le fossé, et ces personnes furent piétinées »“

Quand les renforts arrivent, ils découvrent des fossés remplis de cadavres. La bousculade n’a pas duré plus de 10 minutes, mais le bilan est terrible : plus de 1300 morts et plus de 1000 blessés, mais il est possible que le nombre de victimes ait été en réalité plus élevé. Les blessés sont conduits à l’hôpital Sainte Catherine et à l’hopital Marinsky. Mais les hôpitaux, débordés, ont du mal à faire face à cet afflux de victimes.

Foule à la Khodinka. Tableau de Vladimir Makovsky. L’espace était si vaste qu’une partie des personnes présentes ne se rendit même pas compte du drame qui se déroulait quelques centaines de mètres plus loin.

Foule à la Khodinka. Tableau de Vladimir Makovsky. L’espace était si vaste qu’une partie des personnes présentes ne se rendit même pas compte du drame qui se déroulait quelques centaines de mètres plus loin.

Scènes de panique sur le champ de la Khodinka

Scènes de panique sur le champ de la Khodinka

Victimes de la bousculade

Victimes de la bousculade

Quelques centaines de mètres plus loin, la foule ne s’est aperçue de rien. Les gens font tranquillement la queue près du stand de distribution de bière, et repartent avec les cadeaux offerts par le Tsar.

Quelques centaines de mètres plus loin, la foule ne s’est aperçue de rien. Les gens font tranquillement la queue près du stand de distribution de bière, et repartent avec les cadeaux offerts par le Tsar.

A 10H00 du matin, le Tsar est informé de la tragédie qui vient d’avoir lieu. En début d’après-midi, il se rend sur les lieux, mais ne peut rien constater par lui-même, puisque toute trace du drame a été effacée.

Nicolas II à la Khodinka l’après-midi du 30 mai. Une foule énorme se masse pour l’acclamer et chanter des hymnes

Nicolas II à la Khodinka l’après-midi du 30 mai. Une foule énorme se masse pour l’acclamer et chanter des hymnes

Et Nicolas II, bouleversé par la tragédie et mal conseillé par son entourage, va commettre une effroyable erreur, que son peuple ne pardonnera jamais.

Louis Gustave Lannes de Montebello (1838-1907) Ambassadeur de France en Russie de 1891 à 1902. Intime des Romanov, il fut l’un des artisans de l’alliance Franco-russe. Le Tsar Nicolas II est le parrain du 1er petit fils de l’ambassadeur.

Louis Gustave Lannes de Montebello (1838-1907) Ambassadeur de France en Russie de 1891 à 1902. Intime des Romanov, il fut l’un des artisans de l’alliance Franco-russe. Le Tsar Nicolas II est le parrain du 1er petit fils de l’ambassadeur.

Le soir même, était prévu un bal donné par l’Ambassadeur de France, le comte de Montebello. Nicolas II et Alexandra veulent se décommander, mais le Grand-Duc Serge le leur déconseille formellement, car il ne convient pas selon lui, de se montrer trop sentimental. Des considérations de politique étrangère entrent également en jeu car la Russie vient de signer un traité d’alliance avec la France, et les Souverains craignent de vexer leur nouvel allié s’ils annulent leur participation au bal.

A l’époque, l’Ambassade de France était située à Saint-Pétersbourg, capitale de la Russie. Pour la circonstance, l’Ambassadeur loua à la famille des comtes Sherementiev un palais, qu’il fit arranger à grands frais, le transformant en quelque sorte en Ambassade temporaire. Le Bal des Montebello était l’événement le plus attendu des festivités du couronnement. Selon le Figaro du 1er juin 1896, « depuis des mois, la possession de l’un de ces cartons d’invitation est devenu une grave préoccupation pour des milliers de personnes. On s’attendait à des merveilles de goût ». Et en effet, l’épouse de l’Ambassadeur ne lésina pas sur les moyens ; tapisseries des gobelins, argenterie venue directement de Versailles, brassées de fleurs.

Le Palais Sherementiev, où eut lieu le bal organisé par Montebelllo

Le Palais Sherementiev, où eut lieu le bal organisé par Montebelllo

Menu du dîner donné le 30 mai par l’Ambassadeur de France, juste avant le bal que le couple impérial devait honorer de sa présence.

Menu du dîner donné le 30 mai par l’Ambassadeur de France, juste avant le bal que le couple impérial devait honorer de sa présence.

 Tous ces efforts fournis par la France pour honorer le couple impérial vont jouer un rôle clé dans la « mécanique de courtoisie » qui s’enclenche : Nicolas et Alexandra n’osent se décommander, mais attendent une communication officielle de l’Ambassadeur qui annule le bal. De son côté, le comte de Montebello n’ose pas prendre l’initiative de reporter la soirée, mais il attend que le couple impérial, au vu des événements, l’informe de son désistement. Comme aucune des deux parties ne fait le premier pas afin d’éviter d’offenser l’autre, les Souverains se rendirent quand même au bal. Selon un témoin, le Tsar et son épouse étaient blêmes et anxieux, mais ils jouèrent leur rôle, saluant les invités et ouvrant par courtoisie le bal. Ils quittèrent les lieux rapidement, mais le mal était fait. Pour l’instant, l’Empereur est encore exempt de critiques et c’est l’Impératrice qui fut blâmée pour ce grave faux pas.

La comtesse de Montebello sortant du Kremlin pour assister au couronnement de Nicolas II le 26 mai 1896. Fonds des frères Lumière.

La comtesse de Montebello sortant du Kremlin pour assister au couronnement de Nicolas II le 26 mai 1896. Fonds des frères Lumière.

Et de fait, l’histoire n’a pas retenu les gestes que firent les Souverains en faveur des victimes : Nicolas II, son épouse et plusieurs membres de la famille impériale se rendirent au chevet des blessés. L’Empereur paya les funérailles des victimes sur sa cassette personnelle, et débloqua, également sur ses propres deniers, une somme de 100 000 roubles, considérable pour l’époque, à partager entre les familles des blessés ou disparus.

Vladimir Makovsky : enterrement des victimes de la Khodinka

Vladimir Makovsky : enterrement des victimes de la Khodinka

Quelques victimes furent enterrées dans leur paroisse ; la plupart le furent au cimetière moscovite Vagankovo, sorte de Père-Lachaise russe. Pour celles qui ne purent être identifiées, une fosse commune fut creusée. Aujourd’hui encore, un monument perpétue le souvenir de la tragédie.

En 1896 , au cimetière Vagankovo, sur la fosse commune a été installé un monument aux victimes de la bousculade sur le champ de Khodynka. Vagankovo abrite la tombe de nombreuses personnalités, et de victimes de tragédie collectives telles la bataille de Borodino ou les morts de l’attentat terroriste du théâtre de Moscou en 2002

En 1896 , au cimetière Vagankovo, sur la fosse commune a été installé un monument aux victimes de la bousculade sur le champ de Khodynka. Vagankovo abrite la tombe de nombreuses personnalités, et de victimes de tragédie collectives telles la bataille de Borodino ou les morts de l’attentat terroriste du théâtre de Moscou en 2002

Le Grand-Duc Serge

Le Grand-Duc Serge

Une enquête fut diligentée pour faire la lumière sur le drame. Le grand-Duc Serge, gouverneur de Moscou, oncle et beau-frère du Tsar, responsable de l’organisation des fêtes du couronnement ne fut pas sanctionné. Il y gagna le surnom peu flatteur de « Prince de la Khodinka ». Mis à part deux fonctionnaires qui furent limogés, il n’y eut pas de sanction dans cette affaire

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Les jouets impériaux

Publié le par Sophie Manno de Noto

Le tsarévitch Alexis, avec sa charette sicilienne, cadeau du roi d'Italie

Le tsarévitch Alexis, avec sa charette sicilienne, cadeau du roi d'Italie

Serguiev Possad, (80 km au nord de Moscou) est connue pour  son monastère, ensemble architectural exceptionnel et lieu le  plus sacré de l’orthodoxie russe. Et pourtant, cette ville abrite dans son Musée du Jouet un autre trésor, méconnu du grand public: un ensemble de jouets ayant appartenu aux enfants de la famille impériale, et à ceux de Nicolas  II en particulier. 

Les grandes-duchesses Olga et Tatiana jouant à la poupée

Les grandes-duchesses Olga et Tatiana jouant à la poupée

Après la révolution, les jouets des Grandes-Duchesses et du Tsarévitch furent saisis et distribués à des orphelinats. Quelques pièces, provenant de plusieurs Palais impériaux (Gatchina, Kremlin, Palais Alexandre à Tsarkoie Selo, Palais Anitchkov de Saint-Pétersbourg), échappèrent à la saisie et furent offerts au musée du jouet de Serguiev Possad.

A l’occasion du quadri centenaire de la dynastie Romanov, fêté en 2013, une exposition dédiée aux jouets des enfants de Nicolas II fut organisée. Devant l’engouement du public, elle fut prolongée jusqu’à devenir permanente.

Affiche de l’exposition. De gauche à droite : Olga, Alexis, Tatiana, Maria, Anastasia

Affiche de l’exposition. De gauche à droite : Olga, Alexis, Tatiana, Maria, Anastasia

Comme toutes les petites filles du monde, les 4 Grandes-Duchesses aimaient jouer avec leurs poupées. Elles en possédaient un grand nombre, poupées classiques, automates, et même une poupée tsarine.

Les jouets impériaux

Alexis pour sa part préféraient les soldats et les jouets touchant à l’armée en général. Les  jouets étaient classés par thème selon les résidences où ils étaient rangés : par exemple au Palais de Livadia situé sur la côté de Crimée, les jouets du tsarévitch reprenaient le thème de la mer.

Les jouets impériaux
Les jouets impériaux

Comme il était d’usage dans la famille impériale russe, le tsarévitch reçut un cheval de bois pour son premier anniversaire.

Les jouets impériaux

Les enfants impériaux aimaient également leur tente d’indien, ainsi que les déguisements allant avec.

Les jouets impériaux
Les jouets impériaux

Les jeux éducatifs tenaient une part importante : écriture, calcul, histoire, musique,

Les jouets impériaux
Les jouets impériaux
Les jouets impériaux

Mis à part un livre illustré en langue allemande, les jouets sont tous en langue russe, et en grande partie de fabrication russe.

Les jouets impériaux

A l’exception notable de la « jeune fille au piano », poupée automate à tête de porcelaine provenant de la célèbre firme française Jumeau. Miraculeusement préservée de la tourmente révolutionnaire, cette collection fait aujourd’hui encore la fierté du musée du jouet de Serguiev Possad.

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Nostalgie impériale au Bolchoï

Publié le par Sophie Manno de Noto

Nostalgie impériale au Bolchoï

Jusqu’en 1917, le théâtre du Bolchoï s’appelait théâtre impérial et était subventionné par la Cour. La famille impériale disposait de sa loge, qui existe toujours aujourd’hui.

 

La porte donnant sur le foyer est surmontée du chiffre de Nicolas II et de son épouse Alexandra (le N s’écrit H en russe).

Nostalgie impériale au Bolchoï

La famille impériale se rendait souvent au Bolchoi. Lorsqu’un incendie endommagea le théâtre en 1853, l’Empereur Alexandre III vint en personne assister au spectacle inaugural le 20 août 1856, qui coïncidait avec le jour de son couronnement.

Nostalgie impériale au Bolchoï

Plusieurs salons étaient réservés à l’usage des membres de la maison régnante et de leurs invités.

Nostalgie impériale au Bolchoï

Ce petit salon rouge est doté d’une acoustique très particulière. En se tenant au centre, le son est répercuté dans les moindres recoins de la pièce. L’histoire dit que Nicolas II, plutôt timide et dont la voix ne portait pas beaucoup, utilisait ce stratagème pour être entendu par tous ses invités.

A la suite de ce salon, une pièce plus grande était utilisée pour les invités de marque de l’Empereur, quand ils étaient nombreux. A l’occasion du couronnement de Nicolas II, des panneaux de soie furent spécialement tissés par les soieries lyonnaises et montés sur les murs de cette sale de réception.

Nostalgie impériale au Bolchoï

Après la Révolution, les Bolcheviks décidèrent de transformer la pièce en salle de concert. Elle fut rebaptisée salle Beethoven, nom qu’elle porte encore aujourd’hui et servait pour des concerts. Cependant, ils décidèrent d’arracher sur les tapisseries les macarons ornés de l’aigle des Romanov, et du chiffre de l’Empereur. Après la chute du communisme, les panneaux furent restaurés et rendus à leur état original. Mais le temps ayant fait son oeuvre, les macarons restaurés présentent une teinte plus claire que le reste de la tapisserie, gardant ainsi pour la postérité de souvenir de cet épisode de l’histoire de la Russie

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