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La chapelle Sansevero de Naples : entre légendes et mystères

Publié le par Sophie Manno de Noto

La chapelle Sansevero de Naples : entre légendes et mystères

La chapelle Sansevero de Naples est l’un des monuments les plus visités de la cité parthénopéenne : conçue comme nécropole familiale des Princes de Sansevero, c’est un chef d’œuvre de créativité baroque, entouré de légendes et de mystères, et inextricablement lié à la figure emblématique de Raimondo di Sangro, septième Prince de Sansevero.

Le Christ voilé

La chapelle est connue dans le monde entier grâce à l’un des chefs-d’œuvre qu’elle abrite : le Christ voilé. Cette sculpture en marbre fut réalisée en 1753 par Giuseppe Sanmartino, artiste napolitain de grande renommée. L’œuvre avait été confiée au départ au sculpteur Antonio Corradini, célèbre pour la beauté de ses statues voilées ; mais il mourut prématurément, sans avoir eu le temps de réaliser autre chose qu’une maquette en terre cuite, conservée aujourd’hui au musée national de San Martino.

Maquette réalisée par Antonio Corradini (1688-1752). Bien que le rendu final soit un peu différent, la forme générale du projet présente de nombreuses similitudes avec le résultat définitif que nous connaissons aujourd’hui.

Maquette réalisée par Antonio Corradini (1688-1752). Bien que le rendu final soit un peu différent, la forme générale du projet présente de nombreuses similitudes avec le résultat définitif que nous connaissons aujourd’hui.

La chapelle Sansevero de Naples : entre légendes et mystères

En utilisant un bloc de marbre unique, le sculpteur a réussi à créer une statue grandeur nature (180x80x50 cm) qui représente le corps sans vie du Christ gisant sur un grabat, et recouvert d’un extraordinaire voile transparent en marbre. Sa tête repose sur deux coussins et à ses pieds, certains des instruments de la Passion : la couronne d’épines, les clous et des tenailles. L’artiste réalisa ce chef-d’œuvre en seulement trois mois.

signature du Sculpteur napolitain Giuseppe Sanmartino. Une légende, totalement fausse, prétend que Raimondo di Sangro le fit aveugler, afin que plus jamais, l’artiste ne puisse réaliser une aussi belle œuvre. Bien que le Prince n’eût porté atteinte d’aucune manière à l’intégrité physique de Sanmartino, celui-ci, au cours de sa prolifique carrière de sculpteur qui devait durer encore près de 50 ans, ne réussit pas à produire une autre œuvre d’une telle qualité. Le Christ voile demeure donc à jamais son chef d’œuvre.

signature du Sculpteur napolitain Giuseppe Sanmartino. Une légende, totalement fausse, prétend que Raimondo di Sangro le fit aveugler, afin que plus jamais, l’artiste ne puisse réaliser une aussi belle œuvre. Bien que le Prince n’eût porté atteinte d’aucune manière à l’intégrité physique de Sanmartino, celui-ci, au cours de sa prolifique carrière de sculpteur qui devait durer encore près de 50 ans, ne réussit pas à produire une autre œuvre d’une telle qualité. Le Christ voile demeure donc à jamais son chef d’œuvre.

Parmi la foule des admirateurs frappés par la beauté de la statue, on compte le peintre et sculpteur Antonio Canova, qui a déclaré qu’il aurait volontiers donné 10 ans de sa vie pour être l’auteur d’une telle merveille.

Détails de la statue : en haut, grâce à la transparence du voile, on voit la trace des clous sur les pieds et les mains du Christ. En bas, détail de la dentelle qui orne le bord du voile.
Détails de la statue : en haut, grâce à la transparence du voile, on voit la trace des clous sur les pieds et les mains du Christ. En bas, détail de la dentelle qui orne le bord du voile.
Détails de la statue : en haut, grâce à la transparence du voile, on voit la trace des clous sur les pieds et les mains du Christ. En bas, détail de la dentelle qui orne le bord du voile.

Détails de la statue : en haut, grâce à la transparence du voile, on voit la trace des clous sur les pieds et les mains du Christ. En bas, détail de la dentelle qui orne le bord du voile.

La légende du voile

La réputation d’alchimiste et d’audacieux scientifique du Prince Raimondo de Sangro a donné naissance à de nombreuses légendes autour de la statue. La plus tenace concerne le voile qui couvre le corps du Christ. Depuis plus de 250 ans, sa finesse et sa vraisemblance étonnent voyageurs et chercheurs, qui peinent à croire qu’il a été sculpté dans le marbre. Dans ses mémoires, le marquis de Sade évoque « le drapé, la finesse du voile, la beauté et la régularité des proportions de l’ensemble ». La rumeur court qu’il s’agirait d’un vrai voile, jeté sur la statue après qu’elle ait été installée dans la chapelle, et « marmorisé » grâce à un procédé secret inventé par le Prince de Sansevero.

En 1963, Eduardo Nappi alors jeune archiviste à la Banque de Naples, découvrit deux documents, qui allaient mettre fin à la légende du voile.

Eduardo Nappi fut directeur des archives de la Banque de Naples jusqu’à sa retraite en 1997. L’Archive de la Banque de Naples comprend plus d’un million de documents, ce qui en fait le fonds documentaire le plus important au monde. Parmi les découvertes majeures, le reçu en faveur du Caravage, pour un tableau représentant Saint Dominique et Saint François, dont on a totalement perdu la trace.

Eduardo Nappi fut directeur des archives de la Banque de Naples jusqu’à sa retraite en 1997. L’Archive de la Banque de Naples comprend plus d’un million de documents, ce qui en fait le fonds documentaire le plus important au monde. Parmi les découvertes majeures, le reçu en faveur du Caravage, pour un tableau représentant Saint Dominique et Saint François, dont on a totalement perdu la trace.

Le premier, daté du 16 décembre 1752, dans lequel le Prince écrit : « vous payerez 50 ducats de ma part au Magnifique Giuseppe Sanmartino pour acompte de la statue de Notre Seigneur mort, couvert d’un voile de marbre ». Dans un autre reçu, daté du 13 février 1754, Raimondo de Sangro écrivit : « pour atteindre la somme de 500 ducats, prix total convenu pour la statue de marbre sculpté de Notre Seigneur Jésus-Christ mort, recouvert d’un voile transparent du même marbre, réalisé par Sanmartino ».

Document signe de la main du Prince, reçu du 13 février 1754.

Document signe de la main du Prince, reçu du 13 février 1754.

Le fait que l’œuvre ait été réalisée dans un bloc unique de marbre, sans aucun procédé alchimique extérieur, confère à la statue une fascination encore plus grande.

 

Une fondation miraculeuse

Une légende entoure la fondation de la chapelle. Vers 1590, un homme innocent allait être conduit en prison. Il marchait, enchainé, quand, passant devant le jardin du Palais des Princes di Sangro, il vit une partie du mur d’enceinte s’écrouler. A l’emplacement de l’éboulement, une image de la Vierge lui apparut. L’homme fit alors la promesse à Marie de lui offrir une lampe en argent si son innocence était reconnue.

Libéré, l’homme tint parole et l’image sacrée fit l’objet de pèlerinages, au cours desquels de nombreux miracles furent constatés. Parmi les miraculés, on compte Giovan Francesco di Sangro, duc de Torremaggiore, qui fut guéri d’une maladie qui le tourmentait depuis longtemps. En reconnaissance de la grâce reçue, il fit édifier une petite chapelle à l’endroit où se trouvait l’image sacrée. Conservée aujourd’hui en haut du maitre-autel, elle reçut le nom de Santa Maria della Pieta ou Pietella.

L’image miraculeuse, a l’origine de la légende de la fondation de la chapelle. Pietà, auteur inconnu, deuxième moitié du XVIe siècle

L’image miraculeuse, a l’origine de la légende de la fondation de la chapelle. Pietà, auteur inconnu, deuxième moitié du XVIe siècle

Ce fut Alessandro di Sangro, fils de Giovan Francesco, qui entreprit au début des années 1600 de grands travaux d’agrandissement, qui transformèrent le modeste sanctuaire en une chapelle destinée à servir de nécropole a ses ancêtres et aux futurs membres de la famille.

Le reste de la construction est essentiellement à mettre au crédit du prince génial et un peu fou Raimondo di Sangro, septième prince de Sansevero.

Raimondo di Sangro (1710-1771 ), portrait peint par Francesco de Mura, chapelle San Severo à Naples

Raimondo di Sangro (1710-1771 ), portrait peint par Francesco de Mura, chapelle San Severo à Naples

Raimondo di Sangro était un touche-à-tout de génie, scientifique, alchimiste, lettré, inventeur, et premier grand maitre de la maçonnerie napolitaine. Il réalisa des expériences dans des domaines aussi variés que la mécanique, l’hydraulique, l’architecture militaire, la chimie (il réalisa le premier feu d’artifice de couleur verte).Les fumées et bruits étranges qui s’échappaient de son laboratoire, de jour comme de nuit, terrifiait les Napolitains, qui ne manquaient pas de faire le signe de croix quand ils passaient et surnommèrent Raimondo « le Prince diabolique ».

Dans ses mémoires, l’aventurier et mage autoproclamé Cagliostro évoque un prince napolitain qui lui a enseigné l’alchimie. Il est très probable qu’il s’agisse du Prince de Sansevero.

Benedetto Croce, philosophe, homme politique et historien le décrivit comme « l’incarnation napolitaine de Faust (…) qui a signé un pacte avec le diable et qui est devenu un quasi diable lui-même afin de maitriser les secrets les plus cachés de la Nature ».

Document alchimique, écrit de la main du Prince de Sansevero (collection particulière)

Document alchimique, écrit de la main du Prince de Sansevero (collection particulière)

En 1739, le prince de Sansevero conçut une arquebuse qui fonctionnait à la fois avec de la poudre et à air comprimé, bien qu'il soit composé "d'un seul canon, d'un seul chien, avec une seule gâchette et une seule mèche". Cette arme pour le moins surprenante, fut fabriquée pour di Sangro par Matteo Algaria, et fut offerte au Roi Charles III de Bourbon.

 

 

Arquebuse conçue par le Prince de Sansevero

Arquebuse conçue par le Prince de Sansevero

Au même roi, il offrit un tissu imperméable réalise par ses soins, que le souverain utilisait pour aller à la chasse.

 

En juillet 1770, un curieux spectacle, qui semblait tenir lieu du prodige se déroula sur le bras de mer qui sépare Capo Posillipo du Pont della Maddalena : un élégant carrosse tiré par de nombreux chevaux naviguait à grande vitesse sur les vagues.

 

Dessin du carrosse maritime du Prince de Sansevero, par Francesco Celebrano. Incision sur cuivre

Dessin du carrosse maritime du Prince de Sansevero, par Francesco Celebrano. Incision sur cuivre

En réalité, les chevaux de la calèche étaient en liège, et le bateau était propulsé grâce à un ingénieux système de pales en forme de roues, conçu par Raimondo di Sangro.

 

Cependant, une de ses expériences allait lui valoir de solides inimités de la part de l’Église catholique : à Naples, 3 fois par an, a lieu le rituel de la liquéfaction du sang de Saint Janvier, protecteur de la ville. Cet évènement fait l’objet d’une cérémonie  à la cathédrale de Naples  : le sang, contenu dans les deux ampoules hermétiques disposées dans une châsse fait l’objet d’ostensions, face à la foule. La cérémonie se déroule en présence de l'archevêque de Naples, de personnalités de la région et de milliers de fidèles massés dans la cathédrale et sur son parvis.

Généralement au cours des ostensions, le sang se liquéfie - ou même parfois entre en ébullition - en changeant de couleur et de volume (du simple au double), puis les reliques sont précieusement remises sous clefs. Si le sang se liquéfie rapidement, c’est le signe que Naples bénéficiera de toutes sortes de bénédictions et c’est la liesse générale dans la ville. Par contre, si le sang tarde à se liquéfier ou ne se liquéfie pas, c’est signe de malheurs à venir pour la ville et le moral des Napolitains s'en ressent.

Depuis la première liquéfaction attestée d’août 1389, les Napolitains, qu’ils soient croyants ou non, craignent un grand malheur quand le miracle ne se produit pas. Ce fut le cas en 1527, peu avant l’épidémie de peste, comme les années de réveil du Vésuve.

Depuis la première liquéfaction attestée d’août 1389, les Napolitains, qu’ils soient croyants ou non, craignent un grand malheur quand le miracle ne se produit pas. Ce fut le cas en 1527, peu avant l’épidémie de peste, comme les années de réveil du Vésuve.

"C'est dans le plus grand secret qu'on m'a confié que le Prince de Sansevero a composé une certaine matière semblable au sang de Saint Janvier, et que selon les intempéries de l'air, il apparaît de faire les mêmes effets" écrivit le nonce apostolique Lucius Gualteri dans une lettre datée du 18 mai 1751.

En réalité, le prince, en expérimentateur infatigable, entendait vérifier « une pure hypothèse de physique», c'est-à-dire qu'une substance pouvait dans certaines circonstances se dissoudre et se coaguler à nouveau; cela n'implique cependant pas qu'il ait cru que, à l'intérieur des véritables ampoules de sang de Saint Janvier, le phénomène de dissolution se produisait pour les mêmes causes et de la même manière que celui qu'il reproduisait en laboratoire.

Ampoule contenant le sang de Saint Janvier – cérémonie de liquéfaction, 2017

Ampoule contenant le sang de Saint Janvier – cérémonie de liquéfaction, 2017

En tout cas, le système imaginé par le prince était beaucoup plus complexe que le rapport concis du nonce apostolique. "Il fit construire un ostensoir ou un sanctuaire semblable à celui de Saint Janvier, avec deux ampoules de même forme, plein d'un amalgame d'or et de mercure mêlé de cinabre, de la même couleur que le sang coagulé. Pour rendre fluide cet amalgame, il y a dans le creux de la bordure un [...] réservoir de mercure fluide avec une valve qui, lorsque le boîtier est retourné, s'ouvre pour laisser entrer le mercure dans l'ampoule. A ce stade, l'amalgame devient liquide et imite la liquéfaction ; mais c'est une pure hypothèse de physique, propre à expliquer un effet. Il appartient à un grand physicien de vouloir tout expliquer et tout imiter. » Un autre voyageur du XVIIIe siècle décrit encore plus en détail la composition de la substance et l'expérience, expliquant également comment la liquéfaction ne se produit pas mécaniquement à chaque retournement de l'ampoule, et pourrait être même partielle, comme cela s'est produit pour le sang de Saint Janvier. Et, commentant l'ingénieux système développé par le prince, il conclut : "Tout ce que je peux attester, c'est qu'il a parfaitement fonctionné".

Déjà écornée par son affiliation à la franc-maçonnerie, la renommée de Raimondo di Sangro fut définitivement compromise auprès de l'Eglise à cause de cette expérience, qui semblait implicitement mettre en doute le miracle de la liquéfaction du sang du saint patron de Naples.

 

 

La chapelle Sansevero, joyau baroque et temple maçonnique

 

Avant l’intervention de Raimondo, la chapelle n’était qu’un lieu de sépulture de la famille des Princes de Sansevero. Mais avec les travaux qu’il entreprit, en plus d’être conçu comme un lieu de culte parfaitement conforme aux canons de la foi catholique, sa chapelle se lit comme un parcours maçonnique initiatique, qui peut être aisément reconnu comme tel par les initiés, où toutes les statues et allégories représentent chacune une étape du chemin qui part de l’état d’ignorance et mène vers la connaissance.

La même année où il commença les travaux pour la Chapelle, Raimondo di Sangro devient franc-maçon. Il fonda à l'intérieur de sa propre loge une loge fréquentée par la noblesse et devint au bout de quelques années "Grand Maître de toues les loges napolitaines.

 

Emblème de la loge de l’Union parfaite, à laquelle adhéra le Prince de Sansevero. Fondée en 1728, c’est la première loge maçonnique italienne officielle. Elle suit le rite dit égyptien traditionnel.

Emblème de la loge de l’Union parfaite, à laquelle adhéra le Prince de Sansevero. Fondée en 1728, c’est la première loge maçonnique italienne officielle. Elle suit le rite dit égyptien traditionnel.

Ces années furent marquées par les grandes découvertes archéologiques de Pompéi, Herculanum et Paestum, fortement soutenues par le Roi Charles III de Bourbon, roi de Naples et Roi de Sicile. D'un point de vue maçonnique, elles furent vécues comme la redécouverte des valeurs morales antiques dont la franc-maçonnerie se réclamait.

 Cependant, à la même époque, les attaques de l’Eglise commencèrent contre le franc_maçonnerie. Convaincu que la seule façon de défendre les Loges était de les placer sous haute protection, le Prince s'approcha encore plus du Roi Charles III, dont il était conseiller, en tentant d'en obtenir l’inscription.

Mais en 1751, le Pape Benoit XIV, à l'état civil Prospero Lambertini, excommunia tous les membres de la "Fraternité" et ordonna la dissolution des loges.

 

Pierre Subleyras, le Pape Benoit XIV (1741); huile sur toile, château de Versailles

Pierre Subleyras, le Pape Benoit XIV (1741); huile sur toile, château de Versailles

A titre personnel, le Roi Charles III, souverain progressiste et éclairé, désapprouvait cette mesure. D’autant plus qu’il était depuis le début de son règne en 1734 engagé dans un conflit avec le Pape. Le  royaume de Naples est un ancien fief des Etats pontificaux et c'est la raison pour laquelle le pape Clément XII, se considérant le seul légitime à investir le roi de Naples, refuse de reconnaitre Charles de Bourbon comme souverain légitime. En 1740, Clément XII mourut, et Benoit XIV lui succéda. Un Concordat signé entre le Saint-Siège et le Royaume de Naples mit fin au conflit. Mais dans l’affaire de l’excommunication des francs-maçons, le souverain napolitain ne put aller contre l’avis du Pape, et fut contraint de publier un édit interdisant la franc-maçonnerie dans son royaume.

Edit du 17 juillet 1751, par lequel Charles III de Naples interdit la franc-maçonnerie dans le Royaume de Naples

Edit du 17 juillet 1751, par lequel Charles III de Naples interdit la franc-maçonnerie dans le Royaume de Naples

Promulguer une loi est une chose, l’appliquer en est une autre. Dans la pratique, les maçons napolitains ne furent jamais emprisonnés, et purent, grâce à la bienveillance royale mais en observant une certaine discrétion, continuer leurs activités sans être inquiétés. 

Les travaux de la chapelle continuèrent donc, mais leur cout exorbitant commençait à entamer sérieusement la fortune du Prince. A tel point qu’il fut contraint de louer de pièces de son palais et à demander des crédits conséquents a plusieurs institutions bancaires. Il dut même louer sa loge au théâtre San Carlo. Raimondo di Sangro était protégé par le Roi Charles III, dont il était conseiller, mais détesté par son premier ministre, Bernardo Tanucci qui voyait en lui,à tort, un ennemi du Royaume.

Bernardo Tanucci (1698-1783)

Bernardo Tanucci (1698-1783)

En 1759, le Roi Charles III dut abandonner le trône de Naples pour devenir Roi d’Espagne. Son fils, âgé de 8 ans, devint roi sous le nom de Ferdinand IV et Tanucci assura la Régence. L’occasion était trop belle pour le nouveau régent de s’en prendre à son vieil ennemi, que le départ du souverain avait laissé sans protection : il le fit emprisonner pour dettes et le fit accuser d’avoir installé un tripot clandestin dans les pièces louées de son palais. Grace à l’intervention de son épouse et de quelques amis haut places, le Prince fut libéré au bout de quelques mois. Mais Tanucci n’en démordit pas et en 1764 il communiqua à l’ex-roi de Naples, que le montant des dettes de Raimondo di Sangro était de plus de 220.000 ducats. Pour tenter de rembourser ses dettes, le prince de Sansevero décida de marier son fils aîné Vincenzo à la princesse Gaetana Mirelli qui lui apportera une très riche dot qui lui permettra de régler ses dettes et de disposer d’un revenu mensuel conséquent.

Vincenzo di Sangro (1743-1790 , huile sur toile. Ce portrait fut longtemps considéré à tort comme celui de son père. Volé en 1990, il fut retrouve l’année suivante.

Vincenzo di Sangro (1743-1790 , huile sur toile. Ce portrait fut longtemps considéré à tort comme celui de son père. Volé en 1990, il fut retrouve l’année suivante.

Pour rendre hommage aux époux, Raymond fit venir à Naples un "piquet" d’honneur constitué par ses feudataires des Pouilles; il s’agissait en réalité d’une cinquantaine de personnes qui portaient une sorte d’uniforme et étaient armées. Ce fut une autre excuse qui permit à Tanucci d’arrêter à nouveau le prince en l’accusant d'"invasion armée" de la ville. Libéré peu de temps après, Raimondo di Sangro poursuivit ses activités d’étude, ses inventions et les travaux de restauration de sa chapelle jusqu’à sa mort, en 1771.

 

La chapelle Santa Maria della Pietà est conçue, de façon subtile, comme un temple maçonnique. On y retrouve tous les éléments constitutifs d’un lieu de réunion d’une loge.  

Dans un temple traditionnel, l'entrée située à l'ouest est généralement gardée par un Gardien qui, dans la Pietatella - sans surprise, accessible depuis une entrée ouest - semblerait être représenté par la statue de Cecco di Sangro, sortant du tombeau à l'épée dégainée, utile pour empêcher le profane d'entrer mais prêt à accueillir symboliquement l'adepte franc-maçon, initialement perçu comme un intrus, lors de la cérémonie d'initiation au premier degré.

le monument à Cecco di Sangro a été réalisé par l'artiste napolitain Francesco Celebrano, Il est unique dans le contexte iconographique de la chapelle : en fait, il représente un événement historique réel. Raimondo di Sangro a voulu magnifier son illustre ancêtre, commandant sous les ordres de Philippe II, immortalisant sa plus célèbre entreprise de guerre : Cecco est représenté en train de sortir d'un coffre dans lequel il était resté caché pendant deux jours, un stratagème grâce à laquelle il a pris par surprise et vaincu les ennemis, s'emparant de la forteresse d'Amiens. L'épisode, qui s'est déroulé lors d'une campagne en Flandre, est relaté en détail dans l'inscription commémorative gravée sur la peau du lion.

le monument à Cecco di Sangro a été réalisé par l'artiste napolitain Francesco Celebrano, Il est unique dans le contexte iconographique de la chapelle : en fait, il représente un événement historique réel. Raimondo di Sangro a voulu magnifier son illustre ancêtre, commandant sous les ordres de Philippe II, immortalisant sa plus célèbre entreprise de guerre : Cecco est représenté en train de sortir d'un coffre dans lequel il était resté caché pendant deux jours, un stratagème grâce à laquelle il a pris par surprise et vaincu les ennemis, s'emparant de la forteresse d'Amiens. L'épisode, qui s'est déroulé lors d'une campagne en Flandre, est relaté en détail dans l'inscription commémorative gravée sur la peau du lion.

Le gardien est habituellement accompagné de deux surveillants, représentés dans la chapelle par les statues de la Libéralité et de l’Éducation. La Libéralité incarnerait le premier surveillant, celui qui s’occupe de l’instruction des compagnons, second degré de la franc-maçonnerie. Quant à la statue de l’Éducation, qui prend les traits d’une femme instruisant un enfant, elle renvoie au second surveillant qui a pour tâche d’instruire les apprentis (premier degré de la franc-maçonnerie).

statue de la Libéralité, représentant une femme avec dans une main une corne d’abondance remplie de pièces d’or et de bijoux et dans l’autre un compas. La présence au pied de cette statue d’un aigle et d’une corne d’abondance serait une métaphore de la richesse spirituelle que le franc-maçon acquiert dans la fraternité.

statue de la Libéralité, représentant une femme avec dans une main une corne d’abondance remplie de pièces d’or et de bijoux et dans l’autre un compas. La présence au pied de cette statue d’un aigle et d’une corne d’abondance serait une métaphore de la richesse spirituelle que le franc-maçon acquiert dans la fraternité.

Plan traditionnel d’un temple maçonnique

Plan traditionnel d’un temple maçonnique

En outre, l’entrée d’une loge maçonnique est généralement flanquée de deux colonnes : celle de Jakin au Nord et celle de Boaz au sud. Elles seraient représentées dans la chapelle par les deux statues dites du Décorum et de l’Amour Divin. Le sujet du Décorum est un jeune homme, semi-couvert par une peau de lion qui recouvre également la colonne à ses côtés. Mais le point le plus important réside dans les chaussures de la statue : d’un côté un cothurne, de l’autre une simple sandale. Cette particularité reproduit la situation du néophyte qui, lorsqu’il doit être initié à la franc-maçonnerie, entre dans le temple avec un pied déchaussé.

La chapelle Sansevero de Naples : entre légendes et mystères

Les autres statues de la série appelée des Vertus, symbolisent également les étapes du parcours maçonnique. Par exemple, la statue dite de la « Désillusion » et celle de la « Vertu ».

La désillusion. A noter que sous la statue de la Désillusion, représentant un homme libéré d'un filet grâce à l'aide d'un génie, se trouve un bas-relief représentant une scène biblique : celle de Jésus qui redonne la vue à un aveugle, habillé comme l'Apprenti quand il entre dans le temple. La séquence reproduirait donc le moment où le Maître Vénérable montre le bon chemin au néophyte.

La désillusion. A noter que sous la statue de la Désillusion, représentant un homme libéré d'un filet grâce à l'aide d'un génie, se trouve un bas-relief représentant une scène biblique : celle de Jésus qui redonne la vue à un aveugle, habillé comme l'Apprenti quand il entre dans le temple. La séquence reproduirait donc le moment où le Maître Vénérable montre le bon chemin au néophyte.

La statue dite de la Pudeur est dédiée à la mère de Raimondo di Sangro,Cecilia Gaetani dell’Aquila d’Aragona. La statue est ornée d’une pierre brisée, qui symbolise la vie trop courte de la princesse, décédée quand son fils Raimondo n’était âgé que d’un an. L'intention de célébrer Cecilia Gaetani ne suffit pas à expliquer la signification de cette statue. La femme couverte du voile peut être interprétée comme une allégorie de la Sagesse, et la référence à l'Isis voilée, la déesse favorite de la science initiatique, semble très claire.

La statue dite de la Pudeur est dédiée à la mère de Raimondo di Sangro,Cecilia Gaetani dell’Aquila d’Aragona. La statue est ornée d’une pierre brisée, qui symbolise la vie trop courte de la princesse, décédée quand son fils Raimondo n’était âgé que d’un an. L'intention de célébrer Cecilia Gaetani ne suffit pas à expliquer la signification de cette statue. La femme couverte du voile peut être interprétée comme une allégorie de la Sagesse, et la référence à l'Isis voilée, la déesse favorite de la science initiatique, semble très claire.

Raimondo di Sangro avait une conception ésotérique de la connaissance, réservée à un petit cercle d’initiés. Symboliquement, le Christ voilé représente la vérité à découvrir. L’allusion à ce chemin initiatique se retrouve dans le labyrinthe noir et blanc qui ornait le sol de la chapelle à l’époque.

Raimondo di Sangro avait une conception ésotérique de la connaissance, réservée à un petit cercle d’initiés. Symboliquement, le Christ voilé représente la vérité à découvrir. L’allusion à ce chemin initiatique se retrouve dans le labyrinthe noir et blanc qui ornait le sol de la chapelle à l’époque.

Raimondo di Sangro avait une conception ésotérique de la connaissance, réservée à un petit cercle d’initiés. Symboliquement, le Christ voilé représente la vérité à découvrir. L’allusion à ce chemin initiatique se retrouve dans le labyrinthe noir et blanc qui ornait le sol de la chapelle à l’époque.

Projet multimedia du site dédié a la chapelle : le labyrinthe, tel qu’il existait au temps de Raimondo di Sangro, recréée par ordinateur

Projet multimedia du site dédié a la chapelle : le labyrinthe, tel qu’il existait au temps de Raimondo di Sangro, recréée par ordinateur

Enfin, une magnifique voute entièrement revêtue de fresques couvre et unifie l’ensemble.

Réalisée par Francesco Maria Russo, la fresque - connue sous le nom de Gloire du Paradis ou Paradis des di Sangro - est l'une des premières œuvres commandées par le prince de Sansevero pour la chapelle.

Réalisée par Francesco Maria Russo, la fresque - connue sous le nom de Gloire du Paradis ou Paradis des di Sangro - est l'une des premières œuvres commandées par le prince de Sansevero pour la chapelle.

Les couleurs vives et éclatantes utilisées par l'artiste sont le résultat d'une formule inventée par Raimondo di Sangro lui-même, et encore aujourd'hui, après plus de deux cent cinquante ans, la patine du temps ne semble pas les avoir obscurcis : cela semble incroyable que les bleus, les verts, les fresques sont toujours aussi intenses. Malgré cette splendeur, le prince de Sansevero ne se montra pas satisfait de la performance globale de l'œuvre de Russo : dans son testament, en effet, il recommanda à son fils aîné de commander une nouvelle fresque de la voûte au « meilleur peintre » qu'il puisse trouver, afin qu’il la repeigne avec des couleurs plus douces, conformément à la qualité des autres œuvres d'art de la Chapelle. Vincenzo di Sangro n’exauça pas le souhait de son père.

D'un point de vue symbolique, le triangle qui - avec la colombe - domine le centre de la scène est d'un intérêt particulier. Cette figure géométrique est en effet pleine de significations : si dans l'univers chrétien elle représente la Trinité, dans le système pythagoricien la lettre majuscule delta, de forme triangulaire, est le symbole de la naissance cosmique, tandis que dans la culture maçonnique le signe est distinctif de le Vénérable Maître.

Détail de la voute, la colombe tenant dans son bec un triangle

Détail de la voute, la colombe tenant dans son bec un triangle

La chapelle Sansevero de Naples : entre légendes et mystères

Située au cœur du centre antique de Naples, la chapelle-musée Sansevero est un joyau du patrimoine artistique international. Créativité baroque et fierté dynastique, beauté et mystère s'entremêlent ici, créant une atmosphère unique, presque hors du temps.

Parmi les chefs-d'œuvre tels que le célèbre Christ voilé, dont l'image a parcouru le monde pour le prodigieux « tissage » du voile de marbre, des merveilles de virtuosité telles que Désillusion, la Chapelle Sansevero représente l'une des plus singulières monuments que l'ingéniosité humaine a jamais conçus.

Ce mausolée noble, temple initiatique reflète admirablement la personnalité multiforme de son brillant créateur, Raimondo di Sangro, septième prince de Sansevero.

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Rohit Singh 14/06/2021 13:45

Thanks for Sharing.....!